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vendredi 18 mai 2018

Les virtuoses de la cinquième avenue de Joy Callaway


Aujourd’hui, c’est avec un avis très mitigé que je viens t’écrire, tu sais que j’adore les fictions historiques, la quatrième de couverture me promettait beaucoup hélas j’ai trouvé cette lecture longue, lente et décousue. 

Si le début m’a bien plu, j’avais l’impression de lire un peu les quatre filles du docteur March, avec cette famille d’artistes, cette fratrie unie et notre héroïne principale amoureuse de son ami de toujours, et voisin Charlie, la suite m’a bien paru fade. 

Tout d’abord, ce qui m’a agacé c’est les lamentations de Ginny pour son amour perdu qui a demandé une autre qu’elle en mariage ; ensuite, elle rencontre John, un ami de son jumeau Franck. John réunit chez lui toutes sortes d’artistes, poètes, musiciens, écrivains, sculpteur, qu’ils soient hommes ou femmes, ils sont les bienvenus. Virginia ou Ginny rêve d’être un jour reconnue comme autrice. Elle envoie bien quelques nouvelles à un journal, mais c’est publier un roman qui l’intéresse. John va l’aider, la conseiller, lui faire côtoyer d’autres auteurs et autrices. 
Au fur et à mesure de leurs rencontres hebdomadaires lors de ces réunions John se rapproche d’elle. Pendant des pages et des pages on lit Ginny hésiter entre John et Charlie, hésiter sur ses sentiments, hésiter sur le fait qu’une fois mariée elle pourra continuer à écrire ou non. 
Puis d’un coup au 3/4 du roman une nouvelle intrigue se met en place, une intrigue pas dénuée d’intérêt, mais amenée brusquement. La fin ne m’a plus convaincu que le reste du roman. 

Ce qui m’a le plus dérangé dans ce roman c’est le manque de profondeur et de réalisme des personnages.
J’espérais en apprendre plus sur chacun d’eux au fil de ma lecture, car tous ont un potentiel artistique ou une passion. 
Alevia est pianiste, Bess fabrique des chapeaux, Franck est peintre portraitiste, Maé enseignante. Mais voilà tout ce que l’on saura.
Oui, on apprendra que Alevia refuse de se marier par peur de ne plus pouvoir jouer du piano, Bess veut épouser un beau parti, Mae travaille dans un orphelinat et Ginny écrit sur son amour perdu, Franck gagne bien sa vie pouvant subvenir aux besoins de toute sa famille. 
Voilà, pas plus, pas moins. 
Le seul point commun entre eux et qui m’a aussi agacé même s’il est normal de vouloir se marier c’est que quasiment tous au même moment trouvent chaussure à leur pied et ensuite quasiment tous vont voir leurs espoirs ruinés. 

Je m’attendais à lire le New York du 19e, j’en ai eu que peu d’aperçu. 
À part les quartiers du Bronx et Manhattan qui sont cités puisque c’est là que vivent les familles du roman c’est tout. 
Oui, on voit là très grande différence entre les nantis et les ouvriers, mais même ce point est survolé. 

Je ne comprenais pas pourquoi l’autrice avait pris ce parti de se braquer sur une seule famille, pourquoi elle n’avait pas mis plus de rebondissements et de descriptions jusqu’à ce que je lise ses remerciement. Elle écrit un livre sur ses ancêtres. 
Si la démarche est louable et intéressante, je ne pense pas que chacun des membres de sa famille n’ait eu le moindre défaut, quand elle écrit sur eux, s’ils ont des défauts même si c’est un gros défaut, s’ils commettent une grosse faute ce n’est jamais grave et il est pardonné. 

Je ne crois pas non plus que les mœurs aient été si libérales à l’époque surtout pour des femmes. 
Les relations entre homme et femmes avant le mariage étaient réprouvées, or ici elles sont sues, elles ont lieu et personne n’y trouve à redire même les personnes les plus âgées. 
Je ne suis pas du tout pudique, mais j’aime que, même si c’est une fiction, la réalité historique soit respectée en grande partie. 

Le seul point que j’ai plus ou moins apprécié c’est que l’autrice montre à quel point le monde à cette époque était masculin, les femmes n’avaient pas droit à aspirer à une carrière, espérer continuer à pratiquer un art, quel qu’il soit, après le mariage était rare. 
Et encore pour cet aspect Joe Callaway se contredit plus d’une fois en narrant son histoire. 

On croise des personnages célèbres, mais ils ne sont pas intégrés à l’intrigue. 
Bref, vraiment une grosse déception, c’est rare à ce point, mais ça arrive, honnêteté toujours envers toi, cher lecteur je me devais de ne pas te cacher mon ressenti. 
Peut-être en attendais-je trop ? Sûrement qu’il plaira à d’autres que moi je t’engage à lire d’autres avis, ce n’est que mon ressenti personnel.

À lire si on veut un roman où des drames se produisent, mais finissent bien, à lire si vous aimez voir des femmes dites artistes, mais qui songent avant tout au mariage ; contradiction totale avec ce qui était écrit plus tôt. 
L’écriture manque de subtilité, de finesse, d’exploitation. Elle avait tout en main pour en faire un roman riche sur la condition féminine de l’époque, sur New York, j’ai eu cela, mais juste une très petite ébauche. 
Ginny qui me plaisait beaucoup au début du livre m’a agacée au final. 

Je pense que tu as compris que je ne te recommande pas ce roman...



Les virtuoses de la cinquième avenue de Joy Callaway — roman historique — 510 pages, 18,20 € — Édition Milady, en librairie le 18 avril 2018
lundi 7 mai 2018

Avis : Une pluie d'étincelle de Tamara McKinley


Me revoici aujourd’hui avec une autrice dont je suis fan, je lis chacun de ses romans. 
À part un ou deux livres qui se trouvent dans ma pile à lire, je les ai tous lus. 
Si dans la saga précédemment traduite en français nous étions en partie en France 
ici elle revient « aux sources » avec un roman au cœur de l’outback, dans l’état du Queensland en Australie. 
Sans être un coup de cœur, j’ai adoré cette lecture 

Brisbane, 1946, un soldat descend du bateau qui le ramène sur ses terres après la guerre. 
Prisonnier de longues années il en a réchappé, mais revient mourant, il est atteint d’un cancer, ses jours sont comptés. 
Il est bien décidé à retourner à Morgan’s Reach. 

Morgan’s Reach, voilà 3 générations qui se succèdent dans cet hôpital de campagne fondé par le grand-père de Rebecca. 
Elle y travaille comme infirmière en compagnie de sa mère, Jane, et de son père, Hugh. 
Gwyneth sa grand-mère n’exerce plus, mais garde l’œil sur toute la communauté qui s’est bien agrandie depuis son arrivée en 1889, elle connaît tout le monde y compris les aborigènes qui vivent à proximité. 
Rebecca est revenue au ranch de ses parents après avoir appris la mort de son époux, Adam, il y a 3 ans durant la Seconde Guerre mondiale. 
Danny, leur fils, âgé de 9 ans, refuse d’accepter le décès de son père et il ne veut pas envisager que sa mère puisse un jour refaire sa vie. 
Jane quant à elle s’inquiète de voir son époux se fatiguer à la tâche difficile de médecin de campagne dans le bush. 
Tu vas suivre ces 3 femmes, mais aussi Sallie, Terence, Sandra, Millicent et Max. 
Tu rencontreras au cours de ta lecture de nombreux autres protagonistes, mais ceux-ci sont les principaux.
L’intrigue du roman est cette marche du soldat, qui est-il ? Où va-t-il ?
La seconde intrigue est cette nature indomptée de cette région de l’Australie. 
Avec bien sûr les destins des personnages que tu vas croiser le long de ta route sous ce soleil harassant, 3 années de sécheresse sévissent dans le pays. 

J’ai eu du mal à entrer dans le roman, je ne comprenais pas vraiment où Tamara McKinley voulait m’emmener, un début laborieux et long.
Une fois les 100 pages passées, je n’ai plus su m’arrêter de lire. 
L’autrice prend le temps d’asseoir ses intrigues, de te décrire les conditions de vie dans l’outback ; et à quel point la vie peut être dangereuse dans cette région reculée surtout après 3 années de sécheresse ! 
Les orages secs se succèdent. 
Ben, le pompier surveille de près les alentours avec l’aide de Jake et Django. 

La véritable épine dorsale du roman est celle de ce soldat voyageant à pied dans la solitude et le secret vers Morgan’s Reach. 
Tout ce que tu sais de lui c’est qu’il se meurt d’un cancer et qu’il veut se rendre sur sa terre natale avant la fin sans que personne ne le sache, il ne veut pas être vu ni reconnu. Il marche le plus souvent de nuit.
Son histoire est déchirante, le mystère qui entoure cet homme dans son dernier voyage est poignante. 
La conversation qu’il va avoir avec un des personnages et la paix qu’il va en tirer m’ont fait pleurer. 
Un passage extrêmement bouleversant comme sait si bien l’écrire l’autrice.

Un autre rebondissement va mettre tes nerfs à rude épreuve, un terrible incendie a lieu au nord et au sud de Morgan’s Reach. Toute la communauté rapplique pour s’entraider, sauver un maximum de monde et de bétails. 

Tamara McKinley à travers ses protagonistes aborde les thèmes du syndrome de stress post-traumatique, le deuil, la violence conjugale, l’alcoolisme suite à la mort d’un enfant, la bêtise humaine d’un homme qui va entraîner dans sa perte de nombreuses personnes. 

Gwyneth est sans doute le personnage le plus emblématique du roman avec sa petite-fille Rebecca. 
Gwyneth de sa véranda surveille son petit monde, elle connaît de nombreux secrets, elle en a elle aussi.
Tous les résidents de Morgan’s Reach et des ranchs autour connaissent la vieille dame et son caractère bien trempé. 
Rebecca est une mère qui s’inquiète énormément pour Danny, son fils, il disparaît souvent dans le bush dans l’espoir que son père revienne. Il ne veut pas accepter la réalité. 
À bientôt 10 ans, il est temps qu’il aille de l’avant, mais comment l’aider ?

Tu vas ensuite rencontrer Sallie et Max ; Terence et Sandra. Sallie fuit un mari violent ; Terence fuit Sydney dans l’espoir de sauver son épouse de l’alcoolisme, Sandra fuit son chagrin et Max fuit la civilisation. Tous les 4 sont perdus, mais peut-être arriveront-ils à retrouver la paix en puisant dans leurs profondes racines établies depuis des générations dans ce désert du bush australien.
Je ne peux pas trop t’en dire sur les personnages, car je te spolierais une grande partie de l’histoire. 

Tamara McKinley raconte les liens, les racines de ces hommes et de ces femmes. 
Leurs failles, leurs blessures et leurs secrets. 
Les caractères s’exacerbent quand jaillit le feu, les secrets jaillissent à défaut de l’eau, les liens défaits se renouent dans la difficulté. 
Je peux juste te dire que chacun des personnages, décrits pas l’autrice, sont des êtres intéressants et attachants. 
La plupart livrent un combat ou sont au seuil d’un nouveau départ. 
Je me suis fortement attachée à cette communauté du Queensland. 

En quelques lignes, voici ce que j’ai écrit sur Goodreads :
Ce n’est pas mon préféré de Tamara McKinley, mais quel bonheur de retrouver sa plume. 
Pour ce roman, elle nous entraîne en Australie, en 1946 dans l’état du Queensland, en plein cœur de l’outback. 
Fabuleux portrait d’une famille, d’une communauté et de ce soldat anonyme revenu de la guerre atteint d’un cancer, on le suit tout au long du roman tout en ne sachant pas qui il est. 
La fin est à la fois belle et terriblement émouvante. 
Après un départ plutôt long, le temps de s’approprier tous les protagonistes j’ai adoré suivre le destin des femmes de la famille Morgan’s, 3 générations de femmes fortes

Si tu veux un livre avec de l’amour, de la tristesse, du courage, de la tragédie et du suspens, observer des habitants surmonter l’adversité ensemble ou seul, avec un chemin magnifiquement spirituel avec ce soldat inconnu alors ce livre est pour toi.

Beau, poignant et touchant ! Du Tamara McKinley comme j’aime lire, je te conseille vraiment de faire la connaissance de cette autrice si ce n’est déjà fait. 
Surtout si tu aimes les épopées familiales dans des lieux souvent inhabités ou très peuplés. 




Une pluie d'étincelles de Tamara McKinley - littérature anglaise - roman historique, romance - 330 pages, 22€ - Édition l'Archipel, en librairie le 2 mai 2018 
vendredi 27 avril 2018

Avis : La vallée des oranges de Béatrice Courtot



Mon cher lecteur ce livre m’a apporté tellement de douceur, m’a porté tout au long de ma lecture comme si j’étais dans un hamac à la Finca de la Serra de Tramuntana. 
Premier roman de l’autrice, elle a remporté grâce à lui le prix du livre romantique organisé notamment pas les Éditions Charleston. 
Nul doute qu’elle suivra les pas de Clarisse Sabard, notamment, qui a elle aussi été découverte pas ce prix. 
Une autrice à suivre de près !
Entre secrets de famille, romance et guerre civile sous le régime de Franco, entre Paris, Marseille et Sóller ; Béatrice Courtot te narre l’histoire d’Anaïs et de son arrière-grand-mère Magdalena. 
Tu l’as compris, j’ai adoré cette lecture, il s’en est fallu de peu pour le coup de cœur. 

Marseille, hôtel du port en 2016, Paco, un ouvrier qui restaure cet ancien hôtel découvre une vieille boite « aux délices de Majorque. Spécialité espagnole. Épicerie fine de Marseille. » À l’intérieur un cahier, une photo, une médaille en or et une balle de fusil.

Paris, 2016 Anaïs reçoit un appel téléphonique à sa pâtisserie familiale « les cafés de l’ensaïmada » lui annonçant qu’on a retrouvé des objets personnels de son arrière-grand-mère à Marseille. 

Sóller ; île de Majorque, 2016 ; Miquel consulte ses emails, il en ouvre un où une Française annonce qu’elle est à la recherche d’un héritage à la Ca’n Taronja ou la maison de l’orange, la maison de Miquel. Que lui veut-elle ?

Sóller, 1935 ; Magdalena ferme sa pâtisserie pour aller nager à la crique avec ses amis et un nouveau jeune homme que Marta, sa meilleure amie, veut lui présenter. Il s’agit de Jaime.
Pour savoir le lien qui réunit tous les lieux et les personnages que je viens de te citer, il te faudra lire le roman. 

Je ne veux vraiment pas trop en dire pour que tu découvres comme moi sans rien savoir ce roman. 
Il a un certain pouvoir magique ou thérapeutique si tu préfères, car dès que tu vas lire la première page ton esprit va s’envoler vers ces protagonistes, Marseille, Paris et surtout Sóller. 
Béatrice Courtot pendant 227 pages m’a entraînée loin de mes soucis pour que je suive à mon tour les traces de Anaïs et Magdalena. 

Béatrice Courtout a une plume sensible, olfactive, sensorielle et visuelle. 
Tu ressens le mistral à Marseille, soulever tes cheveux, tu sens les milles et une odeur de Sóller, les oranges surtout, mais aussi les citrons, les pins, la fleur d’oranger. 
Tu entends les bruits des vagues, la tramontane de la vallée de Sóller plier les orangers, tu écoutes les bruits de la nature et les conversations de ses habitants lors du marché ou d’une rencontre entre amis. 

Tu vois tous ces lieux, l’hôtel de Marseille, la vie trépidante de Paris et son métro, les paysages vallonnés de Majorque. 

Une réussite totale ; car en plus de tout ceci, tu as une quête identitaire, une romance ; mais à des époques différentes, notamment une lors de la déclaration de la guerre civile le 18 juillet 1936, c’est l’insurrection militaire contre la République. Le régime de Franco, Mussolini. 
Les atrocités commises sur cette île par les Dragones de la muerte sous la direction du comté Rossi. 
Je t’avoue que Majorque, je ne connais que de nom et par quelques photos, ma grand-mère y est allée plusieurs fois. 
Quand je pense que le régime de Franco a perduré jusqu’en 1977 !
Je connais très peu en fait l’histoire de l’Espagne ; pas du tout celle de Majorque. Ce roman m’a donné envie d’en lire d’autres. Si tu en connais, toi qui me lis, n’hésite pas à me conseiller. 

Si l’intrigue, le contexte historique, les rebondissements sont parfaits, les personnages ne sont pas en reste. 
Comment ne pas commencer par Anaïs et Magdalena, deux femmes fortes .
Anaïs, cartésienne qui dirige sa pâtisserie à succès à Paris, mais qui va vouloir percer ce mystère entourant son arrière-grand-mère. 
Cette boite, malgré son esprit cartésien, elle la voit comme un signe du destin, un appel de son aïeule qui lui a laissé un signe de vie malgré son décès des années plus tôt.
Elles ont aussi en commun l’amour de la pâtisserie, de ces gestes transmis génération après génération. 

« Par temps de mistral, de grosses vagues s’élevaient au large, la Méditerranée devenait bleu foncé, presque violette avec des festons blancs d’écume. Les oiseaux secoués par les tourbillons, emportés par leur vol, rasaient les vagues. Les éléments naturels étaient à l’image de mon tempérament, fort et tenace. J’étais une résistante, après tout. »

Si cette citation provient de Magdalena, elle peut tout aussi bien venir de Anaïs. Déterminée, volontaire, dirigeant sa vie comme elle l’entend ! 
À 28 ans, c’est une femme qui s’assume seule et le réussit très bien. 
Têtue, résistante, malgré les nombreuses lacunes sur l’histoire de son aïeule elle ne baissera jamais les bras. 
Tu vas aussi faire la connaissance de Miquel, Jesús, Martha, Jaime, Antonella, Bernat, Pedro, Camila, Mona, Catalina, Rocío, etc. 
Je ne peux pas te dire que tous vont avoir un rôle majeur dans l’histoire des héroïnes, certains plus que d’autres, mais je ne veux, encore une fois, pas trop en dire. Certains sont des contemporains de Magdalena d’autres de Anaïs. 

Pourquoi ce n’est pas un coup de cœur malgré tout ce que je viens de te dire ? 
J’aurais voulu en savoir plus sur l’enfance ou la jeunesse des personnages principaux, on n’en sait que très peu en fait. 
L’histoire des deux femmes avance assez vite. 
Béatrice Courtot réussit malgré tout à glisser tant de richesse entre ces 228 pages. 
Les thèmes abordés sont nombreux nobles et bien amenés. Cette transmission du passé est pour moi importante. 
En plus, elle a titillé mes papilles gustatives en parsemant son récit de recettes typiques que je promets d’essayer. J’ai déjà effectué des recherches.

Pour moi, ce roman est un sans faute, ce que je lui reproche n’est rien, une histoire plus longue m’aurait vraiment plu, j’ai tellement aimé parcourir ces contrées, lire la vie de ses protagonistes, les accompagner dans leur joie et leur peine, vraiment ce n’est qu’un petit manque de consistance même si maintenant je vais aller lire la nouvelle qui est disponible à la fin du roman. 
Je quitte cette magnifique île à regret, j’ai trouvé ma moitié d’orange depuis 17 ans, mais toi ? Si non, je te conseille ce voyage à Majorque dans la vallée des oranges 😀

« Pour que l’île donne ce que l’on attend d’elle, il faut s’en approcher en écoutant, en sentant, en touchant, en regardant tout, sans se lasser. » 


À demain ou lundi avec un autre genre tu connais maintenant la lectrice éclectique que je suis 😊



La vallée des oranges de Béatrice Courtot - roman contemporain et historique - prix du livre romantique 2018 - 240 pages, 18€ - Édition Charleston, en librairie le 10 avril 2018

mardi 17 avril 2018

Le journal rouge de Lily R. Davis



Comme tu le sais mes lectures s’enchainent, mais ne se ressemble pas, le roman dont je vais te parler aujourd’hui est un gros coup de cœur. 
Je ne m’attendais pas du tout à trouver une histoire aussi riche et belle. 
Je l’avais demandé sur netgalley, mais comme d’habitude je n’ai pas été relire le résumé ; je me suis donc lancée dans ma lecture sans rien savoir hormis le titre et l’autrice (et encore, je ne savais pas que Lily R. Davis était un autre pseudo de Lily Haime, je l’ai appris après ma lecture en faisant des recherches sur l’autrice, je voulais lire ses autres livres tant celui-ci m’a plu).
Je ne vais rien t’apprendre de nouveau sur moi en te disant que l’histoire j’adore que les années 60 aux États unis sont une période qui me fascine et bien c’est justement là où je t’emmène en compagnie de Rose et Alec.
Preuve que j’ai adoré ce roman : j’ai précommandé la version papier, il me faut ce livre dans ma bibliothèque ^^

Le roman se déroule de 1963 jusqu’en 1978. 
Tout un pan de l’histoire américaine que l’autrice va te raconter à travers ses personnages. 
Je me suis délectée de chaque page.

Rose est une jeune femme très timide, elle vit chez son oncle, Ray, et sa tante, Daniella depuis la mort de son père. 
Elle n’a jamais osé se révolter, désobéïr  dire ce qu’elle pense au contraire de sa cousine Line. 
Son oncle est officier, sous son toit il mène sa famille comme ses troupes. 
Au moment où tu rencontres Rose, elle a terminé le lycée au pensionnat de Mademoiselle Prinston et s’apprête à entamer ses études de lettres à l’université de Washington. 
Partout où elle va, elle emmène son journal rouge. 
Un jour d’été, sa tante Danielle l’envoie apporter de l’argent à sa cousine qui a rejoint la communauté hippie de San Francisco, c’est là qu’elle va faire la connaissance d’Alec. 
Ce journaliste dont elle lit en secret chaque article, cet homme qu’elle admire. 
La timidité de Rose, son allure de jeune fille sage n’empêchera pas Alec de la remarquer, mais leur chemin se sépare très vite. 
Eux partent sur les routes, elle part s’installer à Washington. 
Son rêve : devenir journaliste, à l’époque, écrire sous le nom d’une femme on n’était pas pris au sérieux, qu’importe, en attendant que son rêve se réalise, elle va écrire sous un nom d’emprunt et glisser ses articles dans la boite aux lettres de l’Aldous. 
Personne n’est au courant de ce secret à part son meilleur ami, Chris. 
Oui, mais voilà, ce journaliste dont personne ne connaît l’identité n’a pas peur de prendre parti, de plus en plus de monde cherche à savoir qui il peut bien être. 
Alec et ses amis l’apprendront et c’est une tout autre vie qui va s’ouvrir à Rose. 
Elle prend son rôle de journaliste activiste pacifique à cœur. 
Nous sommes en pleine guerre du Vietnam, une guerre que de nombreux Américains ne cautionnent pas en particulier les jeunes. 
Tu vas donc suivre Rose ainsi que d’autres protagonistes dont je te parle ensuite au fil des années.

Rose sort de sa chrysalide grâce à Alec, elle devient un magnifique papillon. (Attention à ne Paste brûler les ailes douce et jolie Rose)
Elle apprend à ne plus baisser les yeux même si elle est plus à l’aise à l’écrit ou avec la langue des signes, dire tout haut ce qu’elle pense reste difficile.
Rose et Alec sont tous deux des êtres blessés par leur enfance. 
Rose, elle n’a jamais oublié la mort de son papa, tué parce qu’il était recherché pour désertion, il a voulu signer pour expliquer qu’il était sourd et qu’il allait juste montrer ses papiers dans ses poches, les policiers l’ont abattu devant elle. 
Depuis Rose se bat pour la veuve et l’orphelin, mais surtout contre toutes les injustices. 
Alec lui a vécu lui aussi une enfance difficile. 
Si Rose se sert de ses failles pour avancer Alec lui est constamment en colère, au bord de l’explosion. Il peut être aussi doux que s’emporter en deux secondes. 
Entre eux, une belle histoire d’amour va commencer. 
Malgré toutes leurs oppositions, lui est hippie, elle pas du tout. 
Elle est pudique et timide, lui non ; chacun va respecter l’autre. 

La grande force de ce roman est celle-ci : de l’histoire qui naît doucement entre les deux personnages principaux l’autrice te narre toutes les difficultés et les changements de ces années. La romance est sublime, les thèmes abordés ne sont pas survolés, mais traités en profondeur. Les descriptions te font faire un bond dans le passé, tu as l’impression de connaître toute la communauté de l’Aldous, de vivre au milieu d’eux, chaque personnage est subtilement décrit. Tu vas ainsi faire la connaissance de Rive, il est sourd, une forte connivence le lie avec Rose qui connaît la langue des signes, Penny, Louise, Peter, Déborah, Sean, Banjo Taylor, Faith la meilleure amie de Rose depuis toute jeune, Dylan un ami de Alec plus tard dans le récit, la peste Kaylee, Aphrodite, Adèle et  Kenneth, l’ami d’enfance de Rose, le fils de Babbie, la bonne de sa tante, africain-américain, lui il se bat contre les extrémistes racistes qui sévissent encore dans le conté du Mississippi.

Lily R. Davis va te narrer le mouvement hippie, du début à sa fin, la guerre du Vietnam, le féminisme, le racisme, l’homosexualité, la maladie physique et mentale comme l’agoraphobie, le stress de combat (le syndrome post-traumatique n’est, à ce moment-là pas encore reconnu, beaucoup de soldats sont revenus du Vietnam, mais doivent se rappeler qu’ils ne sont plus là-bas. Certains acceptent de voir un médecin d’autre non) 
Cette partie sur la souffrance des soldats qui ne peuvent oublier la violence des combats est poignante. 
J’étais loin de tout connaître sur cette terrible guerre. 
D’autres sujets sont abordés, mais je te cite les principaux, j’ai tellement aimé ce roman que je pourrais t’en parler des heures.

Tu vas voyager dans le temps, mais aussi dans l’espace, tu vas « voir » des villes et des pays comme San Francisco, Baltimore, Saigon, Washington, Le Mexique, New York plus libéral que le reste des USA. 
Tu vas voyager, mais tu vas aussi « rencontrer » des personnes célèbres comme les présidents Johnson et Nixon, Muhammad Ali qui a refusé de partir à la guerre et à qui on a retiré sa licence de boxe, Malcolm X, Elijah Muhammad, Martin Luther King, Margareth Sandler, une activiste à l’initiative de la première pilule contraceptive et qui a aidé à fonder le premier planning familial, Bob Dylan, le général Vidal, dictateur en Argentine en 1977, tu vas vivre le rassemblement connu du monde entier : Woodstock ou encore l’invasion du Liban en 1978. 
Tu vois un peu la richesse de ce livre ?

Lily R. Davis te raconte à travers ses protagonistes l’Amérique en pleines mutations, elle te décrit les mouvements activistes pacifiques, puis certains, qui plus tard se radicaliseront. La peur des journalistes, le pentagone n’aime pas que ce qui se passe au Vietnam soit dénoncé dans la presse, la liberté d’expression est mise à mal.
Elle va te parler du Civil Rights Act de 1964, il déclara illégal la discrimination reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe ou l’origine nationale  ... 1964 !!! Nous sommes en 2018 et il y a encore tant à faire alors comme Rose, j’écris, je transmets ces mots d’auteurs, d’autrices qui continuent à dénoncer, à nous rappeler des faits historiques pour que jamais nous n’oubliions et que jamais nous ne recommencions.

Malgré la richesse et les nombreux faits historiques la lecture n’est absolument pas monotone, le texte est parsemé d’article de journaux que cela soit de l’Aldous ou du Washington Post, de lettres que Alec va écrire à Rose. 
Le suspens est constant et les rebondissements nombreux, Rose et ses amis sont obligés de cacher leur véritable identité, les lieux où ils travaillent, l’Aldous est dans le collimateur de la police. 
Rose est une héroïne incroyable, pleine d’ambiguïté, timide, mais qui n’hésite pas à ruer dans les brancards ; déterminée, elle n’a pas peur de défendre ses convictions même si le rouge lui monte toujours aux joues ; idéaliste, mais les pieds sur terre, une héroïne que l’on pense faible au début, mais tu vas voir à quel point elle a en elle une force insoupçonnée, même par elle, je crois.
Alec n'est pas en reste mais je ne peux trop t'en dire sans te spolier.

« Avec quelle force me battrais-je encore pour quelques mots ? Des mots... Des mots que nous jetions sur le papier ; une drôle de façon de lever le poing ; de hurler. Des mots pour se révolter. Des mots pour tout changer ! » 


Je vais m’arrêter là en te disant que l’écriture de l’autrice est magnifique, immersive, cinématographique, que j’ai vécu chaque ligne, chaque page, chaque mot, rien n’est de trop. 
Si cela reste une fiction, tu l’as vu plus haut dans la chronique, elle se sert de faits réels. Elle te montre combien ces jeunes ont œuvré pour se battre contre toutes les inégalités. 
Tu ris, tu pleures, tu as peur, tu vas passer par toute la palette d’émotion. 

« Continue de te battre pour toi, pour moi, pour les autres. Continue de te battre aussi fort que je t’aime et rien dans ce monde ne pourra jamais te résister. »

Vraiment, si je dois te conseiller un roman sur cette période des États unis c'est celui-ci, lis ce roman !

Splendide, authentique ; des personnages parfaits dans leurs imperfections ; je n’ai rien à reprocher à ce roman, je l’ai adoré du début à la fin. 


Le journal rouge de Lily R. Davis - roman historique, romance - lecture numérique - Édition MxM Bookmark, collection Infinity - disponible en numérique et en papier à partir du 16 avril 2018 (9,99€ pour l'ebook - 25€ pour la version papier
lundi 2 avril 2018

[Avis] Le soleil des rebelles de Luca Di Fulvio



Mon cher lecteur, je l’attendais avec tant d’impatience, un nouveau roman de Luca Di Fulvio. Nouveau, chez nous, car il a été publié la première fois en 2015. 
Cet auteur provoque toujours chez moi une vive émotion, j’ai l’impression qu’il me donne des conseils de vie, il me pousse à réfléchir sur mes choix. C’est à nouveau un coup de cœur. Après Christmas, après Mercurio c’est Mikael qui m’a ravi le cœur.

Cette fois, il nous emmène en 1407, dans la vallée de Raühnvahl, « une partie de l’arc alpin qui délimite la péninsule italique et la sépare du reste de l’Europe » .
637 pages, 3 parties qui m’auront touchée au plus profond de mon âme.
Bien sûr comme pour « Les enfants de Venise » il faut que tu aimes l’histoire, nous sommes au temps du système féodal, avec des princes tout puissants au détriment de leurs serfs.

"Tu vivras dans le sang, comme moi et tous nos ancêtres, lui avait dit un jour son père le jour du massacre. C'est notre destin, notre fatalité."

Tu es plongée d’emblée dans l’intrigue dès la première phrase : « jamais autant de sang innocent ne fut versé (...) qu’en ce matin du 21 septembre de l’an de grâce 1407. » Tu vas rencontrer immédiatement le héros du roman, petit garçon de 10 ans Marcus II de Saxe, prince héritier du royaume de Raühnvahl, ce jour changera sa vie à jamais. Il va assister à la mise à mort de ses parents, de sa sœur encore qu’un bébé, de sa gouvernante tant aimée Eilika ainsi que le moindre des serviteurs, nobles. Tous ont été assassinés sur ordre du seigneur d’Ojsternig par Agomar ; un brigand engagé pour accomplir cet horrible carnage juste pour la cupidité.
Marcus perdra tout jusqu’à son prénom et son nom, il ne faut surtout pas que Ojsternig sache qu’il est vivant. La petite Eloisa le retrouve dans sa cachette et avec l’aide de sa mère Agnete elles l’emmènent chez elles en secret dans un petit village non loin du château de son père.

« Ça te va Mikael ? (...) Tu dois changer de nom, dit-elle. Et si ça ne te plaît pas, il ne faudra pas venir protester, parce que c’est ma fille qui te l’a donné. »

Pendant quelque temps, Agnete cachera Mikael dans un réduit sous le plancher ; ce petit garçon qui n’a connu que chaleur, bon repas, vêtements chauds et literie se retrouve dans un trou noir à grelotter pour seul ami un rat (Hubertus) pour manger de la soupe claire et du pain sec. Non pas que Agnete lui souhaite malheur, mais c’est le sort de tous les paysans. C’est la première leçon que Mikael va apprendre, supporter la douleur physique et morale.

« Ce jour-là, dirait-il plus tard, le Bon Dieu semblait s’être retiré de chaque endroit du monde où son regard se posait »

« Dans la journée, quand il était seul, et qu’Agnete et Eloisa travaillaient dans les champs d’orge et de seigle avec les autres serfs, Mikael sentait la peur grandir en lui. Si trop d’images de mort lui venaient, il appuyait sur sa blessure, qui lui faisait mal. La douleur le ramenait sur terre. Comme si, chaque fois qu’il risquait de se perdre, la souffrance lui permettait de se retrouver. »

Voilà le pitch de départ, Marcus le prince est devenu Mikael le serf, seuls Agnete, Eloisa et Raphaël « le vendeur d’enfants » sont au courant de son existence.

Durant la première partie tu vas suivre Mikael mener la dure vie de serf ; la seconde, se consacre plus à te montrer la cruauté de Ojsternig, la 3e Mikael a 16 ans, pour une raison que je ne t’explique pas il va rejoindre les rebelles, il va partir à Constance en Allemagne, là à lieu le procès pour hérésie de Jan Hus.
Les trois parties sont riches en rebondissements et en émotions. 
Raphaël va être comme un père pour Mikael, il va lui apprendre à travailler et essayer de le faire à nouveau rêver ; il ne fait plus que des cauchemars, ensuite tu rencontreras son deuxième mentor Volod le noir.

Chacun des protagonistes importants dans la vie de Mikael vont lui apprendre des leçons de la vie, et ils m’ont aussi apporté tout autant à moi, lectrice.
Raphaël, qui lui dira de couper les fils de la peur que la seule vérité qui existe est celle qui trouve un écho en toi, celle qui résonne en toi dans ton cœur ; Agnete, que l’apparence compte plus que l’intérieur pour la majorité des gens, mais que c’est ce que tu es dans ton cœur qui fait de toi un homme ; Volod ; lui fera comprendre ce que veut dire la liberté, avoir une raison de vivre, que chaque blessure reçue, chaque cicatrice racontent ton histoire, qu’il faut être ce que l’on est et non pas ce que l’on voudrait être. Plus tard, il rencontrera Berni à Constance qui lui apprendra une chose essentielle, mais oubliée depuis tant d’années par Mikael : rire

Luca di Fulvio a ce talent de créer des personnages forts, mais imparfaits.
Mikael est un antihéros, mais pas pour moi, il a un cœur noble, il veut faire ce qui est juste, il voudrait que tous les serfs soient libres de décider de leur vie et ne plus être traités comme du vulgaire bétail. Il considéra même son destin comme une chance, sans cela il n’aura jamais connu « son » peuple.
Mikael il y a tant à dire sur l’homme qu’il est devenu, mais s’il est devenu cet homme c’est grâce aux personnes qu’il va rencontrer comme Eloisa, dès le départ entre ces deux enfants il y a une belle alchimie, Eloisa prendra sa défense contre les garçons du village et surtout de Eberwolf. Agnete, la sage femme de la vallée ; elle élève Mikael et Eloisa à la dure, elle refuse qu’ils soient brisés par la vie, si tu vas par moment la trouver sans cœur tu verras que cette femme a en fait très peur de s’attacher au gamin comme elle l’appelle ; ayant déjà perdu un fils juste prononcer son prénom cela voudrait dire s’attacher. Pourtant elle est fière de lui ; enfant, il a résisté aux brimades, aux coups durs, au travail pénible. Il fera, aussi jeune qu’il est, tout ce qu’il peut pour aider les gens qui l’entourent, comme il sauvera plus tard Emöke « la folle » parce que c’est ce qui était juste. Emöke qui deviendra par après son ange gardien. Un personnage incroyable et fort.
Raphaël, qui vit reculé de tout, cache un passé que peu de personnes connaissent, mais c’est devenu un homme bon, réfléchi ; un appui solide pour Mikael, qui trouvera toujours un lieu où se réfugier quand la douleur se fera trop forte. 
Il va surtout lui apprendre que la vengeance et la haine laissent un goût amer en bouche, mais qu’il existe quelque chose de beaucoup plus doux comme l’amour.
Volod lui donnera une raison de vivre ; il lui apprendra ce que veut dire la liberté, c’est la seconde intrigue qui court tout au long du roman, Volod comme Robin des bois, ils volent avec les autres rebelles pour redistribuer avec justesse. Chacun d’eux ont l’air parfait, mais ce n’est pas le cas ; tous taisent leurs blessures psychologiques. Mikael,à sa manière les aidera, parfois par sa présence ; parfois pour la cause qu’il va épouser. 
Mikael le soleil. Mikael, mon soleil.

"Ils en parlent comme d'un héros. Et tu sais pourquoi ? Il ne nous a pas seulement sauvés, nous tous...il a montré qu'on peut essayer de briser nos chaînes...qu'on peut soutenir le regard des puissants...qu'on n'a pas toujours besoin de courber l'échine...Je crois qu'il a planté une graine qui germera, tôt ou tard. L'espoir."

Comment te dire que tous vont me manquer ?
Je t’ai parlé des gens importants dans la vie de Mikael, mais deux autres personnes le poursuivront dans ses pires cauchemars : Agomar et Ojsternig.
Dans chacun des romans de Luca di Fulvio, les méchants sont tous aussi inoubliables que les « gentils » Ojsternig est un monstre sans cœur, viols, inceste, assassinats, pendaisons pour son plaisir du dimanche. Un être complètement ravagé par la haine, il n’a jamais su aimer, ou quand il sera trop tard pour lui. Il considère l’amour, la pitié comme une faiblesse. 
En tuant le père de Mikael, il a annexé son royaume au sien, il règne en terreur sur ses terres, taxant de plus en plus fort les serfs, faisant travailler de plus en plus durement ses mineurs, infligeant punitions, flagellations, pendaisons pour un oui ou un non ou juste pour espérer capturer ces rebelles.
Agomar n’est qu’un lâche, sournois, il va là où cela peut lui rapporter de l’argent.

Les thèmes du roman sont variés et nombreux. 
Le plus important pour moi étant cette leçon sur la liberté et la raison de vivre. Qu’un homme seul ne peut briser les chaînes du maître, mais qu’ensemble on peut y arriver. Ils peuvent se libérer du joug de l’oppresseur.
Mikael sera un unificateur pour tous ces gens.

Que te dire de l’écriture si ce n’est que c’est toujours aussi addictif ?
N’aie pas peur du nombre de pages ; aucune n’est de trop, une écriture visuelle, cinématographique qui te fait acteur du roman.
Les descriptions historiques sont intéressantes, jamais barbantes, ni trop importantes. 
Il te parlera par exemple du moment où deux papes se disputent la papauté, le schisme de l’église, Benoit XIII, pape d’Avignon et Grégoire XII de Rome. 
Des faits historiques, mais aussi, la vie courante, l’hygiène, le manque de nourriture des serfs et l’opulence des seigneurs et ecclésiastiques, la disette et la mort qui côtoie les gens de si près à cette époque.
Dans ce roman, il y a plus de nature que dans les précédents, tu grimperas avec Mikael les montagnes, tu observeras les champignons, les animaux ; biches et cerfs ; loups, que la nature est belle, mais déjà à ce moment détruite par les hommes qui abattaient les arbres, dépeuplant les forêts, des vallées entières.

Des passages sont très durs à lire, l’auteur ne t’épargne aucun service, aucune bataille, j’ai eu le cœur serré de nombreuses fois, mais tu as aussi des moments plus légers, et heureusement, avec une très belle romance qui ne prendra jamais trop de place dans l’intrigue. 
Des moments de rire et de complicité entre les protagonistes ; les taquineries de Eloisa envers Mickael sont pleines de tendresse, derrière ses insultes se cachent des mots qu’elle ne veut pas prononcer.
 L’amour profond que voue Mikael à Agnete, Eloisa, Raphaël et Volod.

Le point commun des trois romans qui pourtant se passent à des époques différentes est la réalité de la vie qui ne fait pas de cadeau, chacun de ses héros principaux sont des enfants qui très tôt ont été touché par le malheur.
L’autre point commun est cette définition de la liberté. Liberté d’être, de parler, de penser. Que veut dire pour toi la liberté ? et enfin l’amour, le vrai, celui avec un grand A.

Je pourrais comme mes avis précédents sur les romans de l’auteur te parler des heures et des heures de ce fantastique livre, une écriture profonde, qui te marque, qui te remue les tripes, qui te coupe le souffle, qui te fait couler les larmes, mais aussi, qui te réchauffe le cœur, qui te montre ce qu’est le vrai amour et le respect, ce qu’est la tolérance, l’empathie et l’humanité, qu’aussi peu que tu aies, tu as beaucoup à offrir, que tendre la main à son prochain ne pourra que t’apporter de la chaleur et du réconfort, des valeurs qui, hélas, sont très souvent bâclées ou oubliées à notre époque. Que la capacité de pardonner, de se pardonner est difficile, mais pas impossible.
Celui-ci a eu une consonance plus forte par rapport à ma vie personnelle et les introspections qu’il m’a fait réaliser.
Chacune de ses phrases, chacun de ses mots me touche très profondément.

Un roman qui te rend plus riche, plus sage que tu n’étais avant de le lire, il est aussi beau qu’il est dur. Il te narre la vie, plus tu tombes plus, tu te relèveras, et toujours tu grimperas d’une marche plus haute.

Tu l’as compris, je crois, je suis complètement fan de l’auteur, je n’ai pas du tout été déçue par ce 3e titre. 
C’est toujours un peu la crainte quand tu as aimé tellement fort des livres précédents, je garde quand même une tendresse très particulière pour « Le gang des rêves », un roman que je compte relire cette année, c’est par lui que j’ai découvert ce formidable auteur au talent incommensurable. 
Mais, chacun de ses écrits a surpassé l’autre ; ils sont tous les trois des coups de cœur, ils sont tous les trois dans ma vie et ne me quitteront jamais.


Je ne peux que te le conseiller, à lire si les périodes historiques ne te font pas peur. 
Hommes et femmes trouveront leur compte dans ce livre. 
Mikael, un jeune garçon de 10 ans que tu vas regarder devenir un homme en titubant, trébuchant, en se blessant, mais se relevant à chaque fois, un homme qui revivra sa naissance à la vie de plusieurs manières. Tu découvriras un vrai chevalier aux valeurs nobles et essentielles qui ne pourra que t’émouvoir comme pour « le gang des rêves », faites passer le message, parlez-en, hissez les oriflammes, montez sur vos chevaux et venez me rejoindre dans la vallée de Raühnvahl.

LIS LUCA DI FULVIO CONSEIL DE SOURIS !!! 

Mon avis sur Les enfants de Venise ici 


Le soleil des rebelles de Luca Di Fulvio - traduction de Françoise Brun - roman historique - 638 pages, 23€ - Édition Slatkine & cie, en librairie le 5 avril 2018
mardi 20 mars 2018

[Avis] Filles de la mer de Mary Lynn Bracht


Quel livre, mon cher lecteur, à la fois dur et éprouvant à lire, mais aussi beau, intéressant avec deux héroïnes que je ne peux qu’admirer la résilience dont elles ont été capables tout au long de leur vie.


Oui, c’est encore un livre sur la Seconde Guerre mondiale, mais cette fois en Asie, à ce moment-là la Corée était colonisée par les Japonais. 
Tu vas apprendre au cours de ce livre le terrible destin de ses habitants. 
D’abord sous domination japonaise puis à peine la Seconde Guerre mondiale terminée ce fut l’Union Soviétique qui déclara la guerre au Japon, envahit la Mandchourie et entra en Corée du Nord. 
En 1950, ce pays sera en guerre le nord contre le sud.

Si l’auteure te narre ces périodes de l’histoire du pays ; elle va surtout te raconter le destin d’au moins 200.000 femmes kidnappées, emmenées sous de faux prétextes pour devenir des « femmes de réconfort » la première survivante à parler dans cette société encore très patriarcale où la pureté du corps de la femme supplante tout ne l’a fait qu’en 1992 et il faudra attendre pour qu’une statue de la paix représentant ces femmes soit dévoilée en 2011, 4 ans plus tard, en 2015 les gouvernements japonais et Coréens du Sud annoncent un « accord historique » au sujet des « femmes de réconfort » pour faire enlever la statue de la Paix et ne plus jamais soulever cette question. 
Ce qui revient une fois de plus à renier cet épisode, renier tout ce que ces femmes ont vécu ; pendant et après ; à leur retour, elles souffraient de syndrome post-traumatique ; elles étaient reniées et vivaient dans la précarité. 
Ça te met en colère ? Mais c’est pourtant un épisode réel de notre monde contemporain et comme le dit l’auteure :

 « En mars 2016, je me suis rendue à Séoul afin de voir Pyeonghwabi (la statue de la Paix) de mes propres yeux, pour la première – et probablement dernière – fois. Ce fut une sorte de pèlerinage : partir à l’autre bout du monde à la découverte de ce symbole qui, pour moi, représentait non seulement les viols commis pendant la guerre sur des femmes ou jeunes filles coréennes, mais aussi sur toutes les femmes et jeunes filles à travers le monde, en Ouganda, en Sierra Leone, au Rwanda, en Birmanie, en Yougoslavie, en Syrie, en Irak, en Afghanistan, en Palestine, et dans bien d’autres pays. La liste des victimes de ces viols est encore longue et continuera de s’allonger tant que les souffrances faites aux femmes en temps de guerre ne seront pas dénoncées dans les livres d’histoire, que l’on ne commémorera pas ces tragédies dans les musées et qu’on ne leur rendra pas hommage en érigeant des monuments comme la statue de la Paix. »

Cela fait froid dans le dos, cela me rend malade, mais tous les jours des milliers de femmes de par le monde souffrent des mêmes sévices, tortures et coups fatals.
Sur les 200 000 femmes seules, 44 étaient encore vivantes à l’écriture du roman.

Dernière précision avant que je te donne mon avis, l’auteure écrit ceci sur sa façon d’aborder ce récit 
« L’histoire des conflits à travers le monde est jalonnée de vérités controversées et de mensonges d’État. Les événements auxquels je fais référence dans ce livre ne dérogent pas à cette règle. Ma volonté a été de me concentrer sur le récit de la vie d’individus plutôt que d’un peuple ou d’un pays. J’espère aussi avoir réussi à montrer l’ampleur des guerres de Corée, dans lesquelles sont intervenus un grand nombre de protagonistes, autres que le Japon. Il n’est pas exclu que certaines inexactitudes soient présentes dans ce travail de fiction. »


En effet, Mary Lynn Bracht va te narrer tout ceci à travers deux femmes. 
Hana en 1943 et Emi en 2011.

Le récit démarre sur une cérémonie sur l’île de Jeju, l’intronisation de Hana comme haenyeo. 

« — Nous plongeons dans l’océan comme nos mères et nos grands-mères et nos arrière-grands-mères l’ont fait avant nous depuis des centaines d’années. Ce don est notre fierté, car nous ne dépendons de personne ni de nos pères ni de nos époux ni de nos grands frères, ni même des soldats japonais pendant la guerre. Nous attrapons nous-mêmes notre nourriture, nous gagnons nous-mêmes notre argent, nous survivons grâce à ce que la mer nous offre. Nous vivons en harmonie avec la nature (...) » cette tradition ancestrale existe toujours.

Hannah se languit d’être fille unique, elle voudrait tant une petite sœur, 7 ans plus tard son vœu est exaucé, elle promet à sa mère de toujours veiller sur elle, quoiqu’il se passe alors quand depuis la mer Hana aperçoit un soldat japonais se diriger droit sur sa petite sœur trop jeune pour plonger elle nage à toute vitesse et la cache. 
Ce soldat japonais c’est le caporal Morimoto.
Hana le suivra ne sachant pas ce qui l’attend afin de sauver sa famille. En suivant cet homme Hana, va plonger en enfer sur terre et va être amenée en Mandchourie. À 16 ans, encore vierge, elle devient « femme de réconfort » 10 heures par jour, six jours par semaine, Hana « sert » les soldats. 
Vingt hommes la violent quotidiennement, pour eux c’est un moyen de trouver la paix avant de partir au combat.

Quand tu lis les chapitres consacrés à Emi c’est ceux d’une très veille dame, toujours haenyeo, elle part bientôt rejoindre ses enfants adultes qui vivent maintenant à Séoul. Elle ne les voit pas souvent, mais ce voyage a une raison plus importante pour Emi. Elle est contente de revoir Hyoung et YoonHui et leur famille, mais Emi est venue à Séoul à cette date pour un tout autre motif.

Par son choix de construction de son livre en alternant les chapitres entre Hana et Emi, tu vas lire leur vie à toutes les deux.

En « direct » si je peux le dire comme ça pour Emi. Les passages la concernant sont horribles, difficiles et douloureux à lire. Comment des hommes peuvent-ils être aussi abjects ?
Le caporal Morimoto est un homme qui m’a glacé le sang à chaque fois qu’il est apparu dans le récit. Il a une obsession plus que malsaine sur Hana.
Cet homme la fera souffrir et mourir de peur pendant des années.
Si Hana a eu une vie de douleur, il en est de même, mais d’une façon différente pour Emi, elle, elle va souffrir surtout psychologiquement et devra attendre la fin de vie pour peut-être ne plus avoir honte. 
Pour Emi tu vas apprendre peu à peu son passé et ce qui la ronge depuis tant d’années, pourquoi elle fait des cauchemars chaque nuit.
Ces deux femmes ont un lien que je ne t’explique pas, mais toutes deux m’ont étonnée par leur force morale. Malgré tout ce qu’elles ont vécu, elles n’ont jamais perdu l’espoir. Toutes deux, pour affronter ces souffrances terribles, se réfugiaient dans leur souvenir d’enfance.
Hana arrivait à retenir sa respiration comme en mer quand elle plongeait le temps que durait sa torture.
Deux femmes fortes qui vont te donner une sacrée leçon d’humanité et d’humilité.

Un récit glaçant, édifiant et parfaitement maîtrisé. 
L’auteure te donne beaucoup d’information par le biais de ses personnages, mais ne te donne pas un cours d’histoire. 
Elle distille tout au long de son récit les informations, mais tu n’es jamais, à aucun moment envahi par le trop-plein de faits historiques. 
Tu en as, c’est pour ça que je l’ai lu, mais en aucun cas il n’est assommant surtout grâce au portrait qu’elle dresse de Hana et Emi. 

Deux psychologies fines, traitées avec beaucoup de pudeur et de retenue, oui, des passages du roman sont durs à lire émotionnellement, mais elle ne tombe pas dans la surenchère de détails macabres.
D’autres protagonistes parsèment le récit, je préfère ne pas te parler d’eux, mais te laisser découvrir par toi-même qui ils sont.
Des personnages tous très justes, certains saisissants et pleins de mystère.
Certains te marqueront pour leur bonté d’autres, par leur cruauté.
J’ai aussi apprécié le suspens maintenu autour des deux femmes. Hana arrivera-t’elle à s’échapper ? Emi trouvera-t'elle la rédemption ?

Le final m’a bouleversée, même s’il est porteur d’espoir, la symbolique et la résolution des questions sont fortes, tu as à la fois une fin ouverte et fermée, mais surtout deux femmes enfin en paix.

C’est un livre qui a une valeur symbolique pour ma part, bien sûr il porte sur ces femmes plongeuses et les combats qui ont secoué le pays, mais surtout Mary Lynn Bracht rend hommage à toutes les femmes de par le monde. 
À la fois un devoir de mémoire que tu as là, mais aussi un livre qui est intemporel, car combien subiront encore des guerres, combien les supportent chaque jour ?
Ce qu’elle explique à la fin du roman, ce qu’elle a voulu démontrer est, à mon sens, parfaitement réussi.
Un livre qui rend un vibrant hommage aux femmes.


De l’île de Jeju à la Mandchourie, de Séoul à la Mongolie, de la Corée du Nord à la Corée du Sud c’est un voyage périlleux qui t’attend. 
Périlleux, mais enrichissant, autant sur la partie historique que pour les informations des mœurs et coutumes des Coréens ; périlleux aussi par la souffrance et la très forte empathie que tu ressens pour Hana et Emi.



Filles de la mer de Mary Lynn Bracht - traduction de Sarah Tardy - roman contemporain, Seconde Guerre mondiale, Corée - 432 pages, 22€ - Édition Robert Laffont 
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