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jeudi 31 août 2017

[avis] De l'autre côté du monde de stéphanie Bishop



Le roman débute en 1966 à Cambridge, ensuite nous nous retrouvons en 1963, nous suivons Charlotte et Henry. 
Henry est chargé de cours sur les poètes anglais tandis que Charlotte avant la naissance de ses filles était artiste peintre. 
Depuis la naissance de Lucie, Charlotte vit, d’après ce que je comprends, mais qui a cette époque n’était pas pris en compte du tout, une dépression post-partum. 
Elle oublie des choses, est triste, se sent mauvaise mère. 
Henry pour le bien de sa famille décide d’émigrer en Australie, pays de toutes les promesses pour les Anglais.
Charlotte finit par accepter, mais un soir où elle était particulièrement épuisée.
Pour Henry, quitter l’Angleterre n’est pas un problème, il est déjà émigré, ses parents, indiens, l’ont envoyé en Angleterre en 1945 alors que la colonie britannique commence son indépendance, pour Charlotte il n’est pas de même, toutes ses racines sont en Angleterre, elle aime son climat même s’il est difficile. 
Elle suit malgré tout son mari.

L’arrivée en Australie ne se fera pas sans difficulté pour l’un comme pour l’autre. Charlotte se retrouve dans un pays qu’elle ne connaît pas, toujours avec ses filles, seule la journée pendant qu’Henry est à l’université.
Henry lui souffre des préjugés racistes, il a beau être anglais sur ses pièces d’identité, il n’a pas la bonne couleur de peau.

Stephanie Bishop raconte l’histoire de ses grand-parents, ce n’est pas un livre d’action, mais un livre axé sur la psychologie des 2 protagonistes.
On lit, l'on ressent la peine et le désespoir de Charlotte, elle aime ses filles, elle aime Henry, mais entre eux beaucoup de non-dits ternissent leur relation.
Lui, cache ses difficultés au travail, elle, ses angoisses à la maison. 
Lui, lui envie son sentiment d’appartenance à un pays, il ne sent à sa place nulle part, elle ne comprend pas comment il a pu si facilement partir et emmener sa famille dans un pays au climat rude et sans contact.

Charlotte va essayer de s’adapter, elle va essayer de se remettre à la peinture, mais on lit sa profonde détresse, on la sent par plusieurs fois sur le point de partir et de les laisser. 
Elle étouffe tout en les aimant.

Elle dit « son cœur est semblable à une caverne noire où un oiseau affolé bat des ailes. Il y a bien une lueur qui pointe au loin, mais l’oiseau ne la voit pas. »

Henry ne se rend pas compte de la profonde dépression de sa femme.
On sent l’amour que les personnages se portent, mais l’amour fait-il tout dans une relation ? Les habitudes du couple étouffent Charlotte, ils sont ancrés tous les 2 dans le train-train quotidien sans plus de surprises, ce qui, a un moment leur faisait plaisir devient normal, à la limite de l’agacement. Si seulement ils se parlaient... .

La fin m’a déchiré le cœur, j’ai été profondément attachée à Charlotte et aux gamines : Lucie et May. J’ai ressenti le mal-être de la mère, j’ai compris son manque de sommeil que toute maman connaît à un moment ou un autre, tout comme les craintes qui l'habitent.

L’auteure à travers ses 2 personnages et les 4 parties du roman nous fait voyager entre Cambridge, Perth et New Delhi quand Henry part au chevet de sa mère malade.
Les descriptions des environnements et du climat sont très justes et vous font ressentir la chaleur du bush australien, la mousson en Inde, le froid en Angleterre.

Un roman sur l’amour, sur la maternité, sur le racisme, sur la difficulté d’intégration dans un pays, le déracinement, sur la quête d'identité à travers le personnage de Henry.
Il ne plaira pas à tous les lecteurs, car c’est un livre où la narration est très peu présente, on lit tour à tour les pensées de Henry et de Charlotte.
Des passages douloureux et de jolis moments familiaux avec les 2 petites filles et leurs mots d’enfants.

Une lecture que j’ai aimé, mais pas adoré, je suis restée très éloignée d’Henry qui pourtant est bien décrit, je trouve un peu dommage que l’auteure n’explique pas mieux l’indépendance de la colonie britannique, une bonne partie de la psychologie d’Henry est basée dessus, ce sentiment d'être citoyen britannique mais de n'être pas accepté en tant que tel. 
J’ai ressenti beaucoup d’émotion en tant que maman pour Charlotte.
Stéphanie Bishop a une très belle écriture,  la tristesse, les doutes sont écrits avec beaucoup de justesse et de sensibilité. 

De l'autre coté du monde de Stéphanie Bishop - roman contemporain - Littérature étrangère - Édition Fleuve - Auteure australienne - 288 pages, 18,90€ - En librairie le 24 août 2017

mardi 22 août 2017

[Avis] Addie Baum, journal d'une femme moderne de Anita Diamant


Un très beau roman qui m’a fait énormément penser à ma grand-mère, comme si c’est elle qui me racontait le livre.

Ava demande à sa grand-mère de lui raconter comment elle est devenue la femme qu’elle est aujourd’hui en 1985.
Addie va donc raconter à Ava l’histoire de sa famille, de ses ancêtres, de gens qu’elle n’a pas connus.
À travers l’histoire d’Addie c’est l’évolution de la femme américaine que nous suivons, de 1915 jusqu’en 1931. 16 années où tant de choses ont évolué pour Addie et les femmes.

Addie est issue d’une famille d’immigré polonais juif, si elle, elle est née aux États-Unis ses sœurs Betty et Celia sont nées en Pologne.
L’histoire se déroule à Boston, se côtoient quantité d’émigrés (Italiens, Irlandais, etc.) si en général ils restent entre eux Addie va s’ouvrir au monde et à la lecture grâce à une maison de quartier, le foyer de Salen street où a lieu tous les samedis un club de lecture, là où elle va rencontrer des filles qui seront toujours ses fidèles amies, je pense notamment à Helen, Filomena, Gussie.
Grâce à Melle Chevalier, qui comprend très vite qu’Addie est intelligente, elle pourra passer des vacances 1 semaine par an dans une pension de jeune fille à Rockport Lodge.
C’est ce qui changera la vie de Addie, l'accès la culture. 
En tout cas un des premiers changements.

À la maison, ce n’est pas la même chose, la mère d’Addie en veut énormément à son mari d’avoir quitté leur terre natale, elle ne voit rien de bon aux Etas-Unis, elle est extrêmement sévère et méchante avec Addie et Betty, les 2 « révolutionnaires » de la famille tandis que Celia, plus craintive, rentre dans le rang.

À travers ses souvenirs, qu’elle raconte à Ava sa petite fille, Addie Baum raconte la difficulté d’être prise au sérieux par les femmes, la pression de la famille, l’évolution de la société américaine avec les premiers amendements sur le travail des enfants, des rassemblements et conférence sur le lynchage des minorités, les premières femmes à aller à l’université, les ébauches des premiers plannings familiaux, le téléphone, l’électricité et l’eau courante qui arrivent dans tous les foyers, etc. des choses qui nous, nous paraissent banal, mais qui étaient révolutionnaire à l’époque même si souvent au cours de ses souvenirs elle répète à sa petit-fille que : « non, ce n’était pas mieux avant ».

Addie est une enfant puis une jeune femme indépendante, elle ne rêve pas de trouver un mari même si elle ne sait pas trop quel métier exercer elle sait qu’elle ne veut pas finir à l’usine et donc lit tout ce qu’elle peut, étudie, reste des heures à la bibliothèque même si ses parents ne l’appuient pas du tout.
Elle évoque avec sa petite fille les 2 guerres avec surtout les drames qui se sont déroulés ensuite (syndrome de stress post-traumatique, décès, épidémie de grippe).
Les gens qu’elle a aimés et qui sont décédés, les drames de sa vie, ceux qu’elle a seulement compris beaucoup plus tard en les racontant à Ava.

C’est un très beau roman, mais qui reste assez en surface en ce qui concerne le côté historique, malgré tout nous lisons le début du féminisme, avec des noms tels que Margareth Sander, Mary Holland, Bettie Friedan, etc.
C’est l’histoire familiale que Anita Diamant écrit, quelques faits historiques sont effleurés, mais l’auteure ne rentre pas dans les détails, c’est ce qui m’a manqué peut-être un peu manqué à la fin de ma lecture, mais une lecture que j’ai vraiment appréciée, car si j’ai bien un regret c’est de ne jamais avoir osé poser cette question à ma grand-mère qui était mon modèle, quelle femme a-t-elle pu être ?
Je me pose encore plus cette question à la fin de ce roman.

C’est raconté avec beaucoup de tendresse et de pudeur, Addie en vieille dame a beaucoup d’humour, Addie en jeune femme a cet esprit de liberté tout comme ses amies Gussie, Filomena et Helen.
Un livre qui se lit en douceur pour passer un vraiment cocooning, Addie tutoie Ava, c’est comme si c’est à moi qu’elle livrait son histoire.
Je me suis sentie fort proche de l’héroïne et de ses amies.

En bref un roman qui plaira aux lecteurs qui aiment suivre l’évolution de la société, qui aime suivre une famille d’immigrés avec toutes les difficultés qui en découlent.

De l’adoption au pays et aux mœurs face aux poids des coutumes.

Addie Baum, journal d'une femme moderne de Anita Diamant - Roman historique/contemporain - Édition Pocket - 352 pages, 7.40€ - Paru le 24 mai 2017
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