J’avais lu des avis mitigés du moins vu les notes, car j’évite autant
que possible de lire une chronique en entier d’un livre que je possède ou que
je compte acheter pour toujours me laisser la surprise, pouvoir donner mon
ressenti à chaud sans m’être faite influencer.
Si l’on s’attend à lire un roman fantastique classique, un livre
d’action, le lecteur sera déçu, pour ma part aimant tout ce qui est contes et
légendes de cultures différentes de la mienne je suis comblée par Izana.
Izana La voleuse de visage est pour moi plutôt un conte à tendance
horrifique "à la Edgard Poe "qu’un roman, j’y vois plusieurs interprétations que
je développerai plus tard.
Daruma Matasura nous délivre dans son livre (prequelle du manga Kasane)
l’histoire d’Izana, maudite avant même sa naissance.
Dans ce petit village des
montagnes du Japon, les croyances sont ancrées dans les esprits.
« Une
fille née l’année du cheval de feu, laide serait la réincarnation d’une ogresse
tuée dans les anciens temps. Pour se venger, elle causera le malheur du
village. Tuez-la sur le champ. »
Quand Chigusa est appelée une nuit en
urgence et dans le plus grand des secrets elle se doute de ce que l’on attend
d’elle.
Chigusa, sage-femme du village aidera à mettre au monde Izana, fille de
Kasura.
Chigusa décidera elle seule du destin du nourrisson, Izana sera élevée
chez elle, cachée, personne dans les environs ne doit savoir qu’elle est en
vie.
Ainsi de nombreuses années la petite fille vivra entre les 4 murs de la
maison.
Un jour, le 1er janvier, jour du Nouvel An, elle s’échappera pour découvrir
le monde, les autres enfants, elle veut juste pouvoir trouver l’école, elle qui
est avide de connaissances.
Ce jour-là, l’enfant rêveuse comprendra le sens du mot
« laide », ses espoirs seront réduits à néant.
Je ne peux vous dire
plus, vous avez là la genèse du roman.
L’atmosphère du livre est très sombre, un huit clos assez angoissant.
Dans la première partie du récit, on ne comprend pas encore tout ce dont les
personnes du village sont capables.
On lit l’enfance de Izana, l’évolution de
son corps et de sa personnalité.
J’ai aimé les 3 narrateurs apparaissant tour à
tour dans le roman. Chigusa bien sûr, comment ne pas aimer cette femme qui va à
l’encontre des croyances des habitants pour sauver un enfant innocent, Kingo,
un petit garçon rejeté également, mais pour des raisons différentes, mais tout
aussi injustes, enfin Izana, autant elle peut mettre mal à l’aise autant j’ai
pu comprendre ses réactions mêmes si certaines peuvent être étonnantes.
Elle a
ce mot laid ancré dans la tête, quitte à l’être elle l’est jusqu’au bout dans
son apparence et son caractère.
Concernant l’écriture, l’auteure nous emmène dans une ambiance froide,
comme si même le soleil ne brillait plus dans lieu, mystique, étrange. Vous
êtes en pongé en plein milieu des croyances même si celles-ci vous
semblent horribles.
Les textes anciens vénérés par les habitants du village,
transmis depuis des siècles entre les générations ont tout pouvoir sur leur
vie, c’est leur coutume, peu importe si elles s’avèrent barbares.
Les paysages et les lieux sont décrits à travers les yeux d’Izana qui
les découvre peu à peu, elle ne connaît pas les saisons, les animaux, etc, tout ce
qu’elle sait c’est ce qu’elle a lu dans les livres, il n’y pas de télévision ni
de radio dans la maison de Magusa.
Le rythme est assez lent, mais l’écriture très fluide, addictive, empreinte de sensibilité, poétique et à
d’autres moments, très tranchante voire cruelle.
Ce conte, cette légende m’ont fait penser (de loin attention je ne dis
pas que c’est identique juste la manière dont la beauté est traitée) à « La
belle et la bête », à la méchante reine de « Blanche neige » ou
encore à des contes nordiques où le handicap d’un enfant était vu comme une
malédiction des dieux.
L’auteure soulève cette question et amène à la réflexion :
Est-ce qu’une personne belle extérieurement l’est-elle aussi dans son
caractère et à l’inverse ?
La seconde partie du roman nous délivre une part plus sombre du village
et de ses habitants, un aveu, voir plusieurs, que je n’ai pas vu venir et qui
est encore plus complexe que ce je pensais.
Tout ce qui entoure l’infanticide
est déjà horrible, mais l’auteure apporte une autre dimension plus malsaine.
Vous vous doutez que le personnage de Izana va évoluer, certaines de ses
réflexions, de ses rêves, ses espoirs, ses révélations m’ont émue.
Comme le fait qu’à un moment elle se rend compte qu’elle aussi est une
femme, qu’elle est aussi aimée et voudrait être aimée.
Les réflexions de
l’héroïne apportent du corps au récit, on comprend sa fragilité (comment ne pas
l’être quand on est aussi seule), mais une fragilité qu’elle va transformer en
force. Ils ont voulu la tuer, elle a une revanche à prendre : celle de
vivre envers et contre tout.
Le dénouement de l’intrigue est addictif, on veut savoir comment Izana
va bien pouvoir s’en sortir, vivre, survivre, les explications de Daruma
Matsuura pour nous mener à la fin du roman sont disséminées au compte-gouttes
nous poussant à lire encore et encore.
Comme les pièces d’un miroir cassé que
l’on essaie de reconstituer.
Si je déplore quelques facilités dans le dernier
rôle que va jouer Izana, j’ai vraiment apprécié me plonger dans cette légende
et la culture nippone.
Un roman pas courant, hors-norme, mais qui m’a vraiment plus
Une fin ouverte qui me plaît, étrange, car d’habitude je n’aime pas ça,
je me suis fait ma propre idée et elle me convient.
Je ne lis pas de manga, mais l’auteure m’a donné
envie de les lire. Dans le manga on suit la fille d’izana.
Izana la voleuse de visages de Daruma Matsuura - Young Adult- Édition Lumen - 317 pages, 15€ - Publié le 18 mai 2017
J'avais beaucoup apprécié ce livre et du coup, j'ai très envie de le découvrir le manga :)
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