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jeudi 2 novembre 2017

[Avis] Le bois des ombres de Barbara Dribbusch


Anne, la quarantaine, a l’impression que tout s’écroule autour d’elle, son mari l’a quitté pour une femme plus jeune, son travail de journaliste dans la revue féminine ne la comble plus autant de plus, elle reçoit un coup de téléphone lui annonçant le décès de sa grand-mère avec qui elle avait perdu tout contact.
Elle quitte Hambourg pour Innsbruck, là ou residait son aïeul.
Arrivée dans la maison, Anne Südhausen cherche ce que sa grand-mère Charlotte a bien pu lui laisser comme lui a dit au téléphone l’amie de Charlotte, Maria Pramstaller.
Sa grand-mère a exercé le métier de glaciologue, le bureau était rempli de livre, mais c’est dans le bureau et la chambre de sa grand-mère que Anne va trouver une partie de ce qui lui mènera sur les traces du passé.
Assez vite, Anne comprend qu’au moins une autre personne est intéressée par sa découverte, mais qui et pourquoi ?
En quoi un médaillon et des journaux intimes rédigés lors de la seconde guerre mondiale par Charlotte durant son séjour au sanatorium « Le bois des ombres » peuvent-ils intéresser ?

L’auteure, Barbara Dribbusch, nous entraîne à la fois dans une quête grâce aux journaux intimes que Anne a découverts, avec eux on bascule en 1943 et à la fois dans une enquête en 2014, Anne sent qu’on la surveille de plus, 2 carnets ont été dérobés, qui a la clé ? 
Qui a osé et pourquoi ? La voisine Thérèse ? Maria ou son neveu taciturne, l’aide familiale qui semble évanouie dans la nature ? 
Qui est vraiment cet homme rencontré dans l’avion qui souffle le chaud et le froid ? 
Plein de questions, de personnages tous suspects, un suspens maintenu, une atmosphère angoissante et oppressante, car le chalet est grand, Anne seule avec le petit chien de sa grand-mère, Leo. Est-elle en sécurité ?
Elle ne connaît que très peu son aïeul, sa mère est décédée alors qu’elle était encore qu’une enfant et son père n’entretenait pas une bonne relation avec sa belle-mère qui le rendait responsable de la mort de sa fille.
Anne décide de lire tous les journaux et nous, lecteurs, nous faisons connaissance avec le docteur Amberg dirigeant du Bois des ombres, de Lucas, mimi, Sophia, Oskar, etc.
Barbara Dribbusch aborde un thème peu traité dans les romans sur la Seconde Guerre mondiale, l’extermination des gens malades, qu’ils soient déficients mentaux ou simplement choqués par la guerre ou dépressifs comme Charlotte qui ne s’est jamais remise de la mort de son frère jumeau sur le front russe.
Ces gens dits « faibles » ne rapportaient rien au 3e Reich, ils devaient absolument guérir avec des méthodes qui n’avaient rien d’orthodoxe.
« Le bois des ombres » est un sanatorium, un hospice, différents des autres établissements. Situé dans la montagne du Tyrol, il est très reculé et son médecin-chef emploie des thérapies douces, comme la pratique d’un art ou le travail.
Bien vite, on comprend que l’établissement cache un plus gros secret et que toutes les personnes qui y habitent ou y travaillent ne sont pas ce qu’elles paraissent être.

Je ne vous dirai rien sur ces secrets ni ceux de Charlotte ni ceux de Anne, je vous dirais simplement que la lecture est très fluide. L’alternance de temps est utilisée de manière subtile. En 2014, on lit un chapitre sur Anne, on suit sa journée et une fois qu’elle ouvre un carnet de sa grand-mère on plonge en 1943 dans l’établissement du bois des ombres.
Que ce soit à l’époque ou maintenant chaque personnage est intéressant et bien fouillé. 
J’ai ressenti une empathie plus forte pour Charlotte, Anne, Sophia, Lukas, Mimi et le docteur Amberg, ma préférence allant à Charlotte
Un personnage qui évolue énormément au fil des pages tout comme Anne qui partie sur les traces de sa grand-mère comprend et réalise certaines révélations sur elle-même. À 46 ans, sa vie n’est pas finie, elle peut encore plaire.

J’ai aimé chaque passage du roman même si je préférais me trouver durant la Seconde Guerre mondiale.
L’auteure développe plusieurs intrigues et soulève des questions pertinentes, peut-on se fier à l’apparence d’une personne ? Est-ce que le monde qui vous entoure n’est pas un vaste jeu de dupe ? À qui peut-on réellement se fier ? J’ai aussi aimé ce poids de la culpabilité qui se transmet de génération en génération, j’en ai déjà entendu parler en psychologie.
Le poids du passé est aussi intelligemment abordé avec justesse.
L’aspect psychologique du roman est une autre part, qui même si elle est moins importante que le reste m’a intéressée.

Entre mouvement de résistance, pénurie de la guerre, traces du passé, mystères, fuite des nazis après la guerre, mensonge, maladie mentale, nazisme, psychologie, thérapie, vol, suicide ou assassinat vous ne ressentirez aucun temps mort durant les 340 pages.
Les rebondissements sont nombreux. Les descriptions suffisantes pour être immergées dans ces paysages enneigés. L’intrigue est bien ficelée, on a des doutes, des pistes, mais je n’avais pas deviné tous les enjeux.

Ce n’est pas un coup de cœur, car je trouve que l’auteure n’a pas assez approfondi, à mon goût, les personnages quand les masques tombent. Ce mouvement qui aidait les hôpitaux psychiatriques à mettre en sûreté les malades, l’Esculape n’a été que survolé et pourtant m’aurait vraiment intéressé. J’ai aussi un goût de trop peu sur le dénouement un peu trop rapide.

Il n’empêche que j’ai passé un très agréable moment de lecture en compagnie des deux héroïnes Anne et Charlotte.

Le bois des ombres de Barbara Dribbusch - roman contemporain, roman historique - 352 pages, 21.90€ - Édition Les Escales, en librairie le 5 octobre 2017
mardi 26 septembre 2017

[Avis] Lait et miel de Rupi Kaur



Comment peut-on aimer à ce point un simple recueil de poésie ? Comment 3 phrases et un dessin peuvent-ils remuer autant d’émotion ? Rupi Kaur le fait avec son recueil "Lait et miel". 

Divisé en 4 parties, il aborde 4 thèmes à travers les yeux d’une femme. 
C’est thèmes sont : souffrir, aimer, rompre et guérir. 

On pourrait dire oui, mais ce sont des thèmes déjà abordés, oui, mais pas du tout de cette façon, à travers ces 4 mots l’auteure délivre et dénonce la souffrance des femmes et les dérives de l’humain : le viol, l’alcoolisme, la reconstruction, elle évoque la condition féministe, la quête de soi, la valeur que tout être représente, que notre corps nous appartient, que l’on vaut tellement plus qu’une apparence. 

Des phrases coup de poing, en 3 mots le ventre se serre et d’autres phrases comme un bon gâteau au miel à déguster avec du lait. 

Un recueil à garder auprès de soi, de nombreuses poésies et mots vous aideront dans votre parcours autant d’adolescent que d’adulte. 

Le recueil démarre assez durement, mais au fil de la lecture on comprend que l’auteure vous chuchote que, même si vous avez été cassé, brisé, la reconstruction est possible, que vous n’avez pas besoin des autres pour exister, le seul juge de votre vie est vous-même, que votre corps vous appartient. 

On sent aussi très fort la véracité de l’écrit, que l’auteure nous livre son vécu avec force et sensibilité, sans tabou ni excès. 
Une formidable leçon de vie, un livre à la couverture noire où rayonne tant de soleil et d’arc-en-ciel. 

C’est un coup de cœur, tant au niveau du fond que de la forme avec ces dessins minimalistes, mais qui exprime tellement d’émotion. 

Vous n’aurez aucune difficulté de compréhension ce n’est pas onirique, mais simple et efficace. 
Je le recommande à tous, même si vous ne lisez pas de poésie. 

Quelques extraits des 4 parties :

 Souffrir :

Pourquoi t’est-il si facile
D’être bienveillante envers les gens me demanda-t-il
Du lait et du miel coulèrent
de mes lèvres alors je lui répondis
parce que les gens n’ont pas
été bienveillants vers moi

Aimer

Que suis-je pour toi me demanda’ il
Je pose mes mains sur ses genoux
Et murmures tu
Es tout l’espoir
Que j’aie jamais eu
Sous forme humaine

Rompre

Je ne suis pas partie parce que
J’ai cessé de t’aimer
Je suis partie parce que
plus je restais moins
je m’aimais

Guérir

Si tu es née avec
La faiblesse de tomber
Tu es née avec
La force de te relever

Alors est-ce que ces textes ne vous parlent pas ? 
Ce ne sont que 4 extraits, ceux qui me parlaient le plus mais tous sont à citer et à lire. 

Chose incroyable, ma fille aînée ne lit jamais, je lui ai cité quelques passages et depuis elle le lit et en a parlé à ses copines et son prof de français, ils vont l’étudier en classe ;) la magie et le poids des mots !

Lait et miel de Rupi Kaur - Poésie - recueil - dessins - littérature étrangère -192 pages, 17€ - Édition Charleston - En librairie le 22 septembre 2017 -


mardi 12 septembre 2017

[Avis] A la croisée des mondes, tome 1 : les royaumes du nord de Philip Pullman



On parle souvent sur les blogs de la saga Harry Potter et même si celle-ci sera toujours, je pense, la plus importante dans mon cœur, « La croisée des mondes » est aussi une saga merveilleuse que j’ai pris plaisir à relire.
En novembre sortira la nouvelle trilogie de Philip Pullman, c’était l’occasion de relire cette saga afin de me replonger dans l’écriture de l’auteur. 
Je vous donne mon avis cette semaine sur le tome 1 : les royaumes du Nord
(le tome 2 est « La tour des anges », le 3 « Le miroir d’ambre »)

Ce premier opus se déroule dans un monde proche du nôtre, Oxford, Londres, l’Allemagne, la Laponie ou l’Afrique existent, mais Philip Pullman y apporte une touche de fantastique avec les daemons (je vous explique juste après), les sorcières, les ours en armures qui communiquent comme les humains, mais aussi une petite dose de steampunk à l’image des dirigeables et des différents outils de navigations rencontrés dans le roman
Nous suivons Lyra, elle vit à Oxford au Jordan College en compagnie des Érudits, ses parents étant décédés elle n’a plus que son oncle, Lord Asriel, celui-ci est un scientifique qui n’a que peu de temps à lui consacrer entre ses différentes expéditions. 

Lyra, notre héroïne est espiègle, elle a un côté garçon manqué, elle joue des tours aux érudits, elle se bat contre les gitans ou les élèves des autres collèges, elle fouille les endroits interdits du collège toujours en compagnie de son meilleur ami Roger. 
La vie de Lyra, jusqu’à présent faite de jeux et de bêtises, prend un tour beaucoup plus grave quand elle apprend que des enfants disparaissent et surtout quand c’est le tour de son meilleur ami Roger.
Nul ne sait qui l’a emmené ni où il peut se trouver.
Ces mystérieux ravisseurs portent le nom d’enfourneurs.
Sa vie au collège aussi se termine, il est temps pour elle d’aller à l’école, Madame Coulter se propose de l’accueillir, de la prendre comme assistante dans ses recherches. 
Au cours d’un dîner chez sa mystérieuse bienfaitrice elle apprend en écoutant partout, comme elle a l’habitude le faire, que son oncle est retenu prisonnier en Laponie ; plus inquiétant encore, elle comprend que Madame Coulter est la dirigeante du Conseil d’oblation mieux connu sous nom des enfourneurs. 
Lyra ne peut pas rester dans cette maison, elle n’a pas peur pour elle, mais elle doit sauver Roger et libérer son oncle. 

Toutes ces révélations vont la mener dans une grande aventure vers les royaumes du Nord, elle devra faire confiance à des gens qu’elle a toujours méprisés : les gitans ; à des êtres qu’elle ne connaît pas : les sorcières, combattre des ours en armures toute seule, enfin presque, car Philip Pullman crée une mythologie que j’adore : chaque enfant et adulte ont un daemon (à prononcer comme démon), mais ce n’est pas du tout des êtres maléfiques, au contraire. Ils sont intimement liés à l’être humain, à la fois ange gardien et âme (je l’interprète comme cela), ils prennent la forme d’animaux variés, ils peuvent changer de forme jusqu’à la puberté de l’enfant.
À ce moment, le daemon prend sa forme définitive qui se rapproche souvent du caractère de l’humain auquel il est lié. 
Le daemon de Lyra est Pantalaimon ou Pan.
Je me suis fortement attachée à Lyra et Pan, même si Lyra a ce côté, par moment, insupportable, en se vantant de tout savoir, elle est dotée de beaucoup de qualité : elle est loyale, obstinée, intelligente, rusée, elle place l’amitié avant tout, elle est têtue ce qui peut parfois lui jouer des tours, elle fonce sans penser au danger, souvent téméraire bravant sa peur pour sauver les êtres qu’elle aime.
Oui, il y a Roger et son oncle, mais elle rencontrera pendant sa quête John Faa, le roi des gitans, Fader Coram un des gitans les plus âgés, qui prendra un peu le rôle de tuteur et grand-père de Lyra, Iorek Burnyson, un ours en armure rejeté par les autres de son espèce, Serafina la sorcière, Scoresby l’aéronaute.
La petite fille s’attachera au fur et à mesure à chacun d’entre eux se sentant responsable de leur sort.

Lyra, depuis sa fuite, est recherchée par tout un tas de personnes, des humains aux êtres fantastiques, elle ne le sait pas, mais elle est très célèbre, elle doit accomplir sa destinée sans recevoir de l’aide.
Sur ses épaules repose la vie ou la mort du monde, seul son outil, que le maître des érudits lui a donné avant son départ du Jordan Collège, l’alethiomètre peut l’aider. C’est une sorte de boussole gravée de symboles à qui elle peut poser des questions en pensée et qui lui répond avec des aiguilles. 

C’est dans une grande épopée que l’auteur nous emmène, le premier tome est découpé en 3 parties, chacune ayant de gros rebondissements, des mensonges révélés, des vérités qui éclatent.
Les certitudes de Lyra volent en éclat, tout ce qu’elle pensait de sa vie n’est que mensonge, ce qui la conforte encore plus dans ce sentiment d’urgence à sauver Roger et son oncle, les seuls sur qui elle pense pouvoir compter. 

Plusieurs révélations m’ont étonnée, mais je ne peux vous en parler. Ces rebondissements poussent le lecteur à vouloir avancer dans le roman pour comprendre les tenants et aboutissants.
On craint pour Lyra à laquelle on s’y attache de plus en plus tout comme Pan qui est autant en danger qu’elle puisqu’ils sont liés. 

Au-delà de l’univers riche construit par l’auteur et les personnages charismatiques rencontrés, ce que j’aime le plus dans cette saga, c’est les notions, les leçons, que Philip Pullman donne à ses jeunes lecteurs, ses romans sont quand même destinés à la jeunesse, je trouve important que ces choses soient dites même si j’y ai plus prêté attention à ma deuxième lecture et avec mon regard d’adulte. 
Les notions dont Philip Pullman parle sont celle de l’entraide, que la force ne fait pas tout, mais qu’il faut faire preuve d’intelligence, qu’il est inutile de se battre ou se disputer pour une insulte, que s’expliquer vaut mieux, que la nature est belle et a besoin d’être préservée, que l’entente entre peuples différents est importante pour s’en sortir, qu’il ne faut pas juger sur l’apparence à l’image des daemon ou même des ours.
C’est utile à rappeler aux enfants, aux ados, mais aussi aux adultes. D’ailleurs, Philip Pullman ne les oublie pas, il dénonce la toute-puissance de l’église, à certaines époques de l’histoire, comment elle pouvait agir en despote, mais aussi la corruption de la politique. 
Chaque lecteur trouvera écho dans ce roman.

Un autre aspect qui m’a passionné c’est sa façon de mêler la science et le fantastique, il prend des éléments que nous connaissons, les particules élémentaires apprises à l’école en la mélangeant à cette étrange Poussière dont l’église a si peur.
Qu’est cette Poussière il vous faudra lire le livre. 

Une des plus grandes forces de Philip Pullman est son écriture, c’est un virtuose des mots, il vous entraîne sans aucune difficulté dans son monde, il vous fait côtoyer des personnages que vous avez l’impression de connaître, des protagonistes à la psychologie très développée, le physique moins et c’est bien aussi ça que j’aime, n’a-t-il pas l’air de faire comprendre à ses lecteurs que ce n’est pas l’apparence qui compte, mais ce que vous êtes à l’intérieur ?
Même si les descriptions physiques ne sont pas omniprésentes il y en a assez pour vous imaginer les protagonistes.

Une plume vive, précise, riche, un monde et des objets qui se dressent devant vos yeux, vous sentez le froid de la Laponie, la peur des daemon, leur amour aussi et même leur désespoir. Si au début du roman la lecture peut paraître ardue avec ces détails scientifiques on passe bien vite au-dessus, Lyra évolue elle aussi, dans la première partie elle agit comme une enfant gâtée qui n’en fait qu’à sa tête pour devenir une fillette intelligente qui brave sa peur, surmonte ses angoisses.

J’ai énormément aimé l’ours Iorek et Fader Corman, même si j’ai aimé tous les principaux protagonistes, ceux-ci restent mes préférés. 
J’ai aimé la façon de l’auteur d’opposer les théories scientifiques aux dogmes religieux, des sujets et des thèmes variés et tous intéressants, des objets inventés originaux, un monde proche du notre sans l’être tout à fait, du suspens, de l’émotion, tout est réuni dans ce fantastique roman d’aventure initiatique, soyez juste assurés de posséder la suite dans votre bibliothèque, car ce premier opus se termine sur un gros cliffhanger

À lire de 10 à 80 ans, l’adulte que je suis a oublié son quotidien le temps de quelques heures si riche en aventures, j’étais aux côtés de Lyra et de Pan, d’ailleurs j’aimerais bien avoir un daemon moi aussi et devinez lequel il serait... une souris.


A la croisée des mondes, tome 1 : les royaumes du nord de Philip Pullman - Roman jeunesse, aventure, fantastique, steampunk - 282 pages, 8.90€ - Première édition en 2007 (pour mon intégrale) réédition en poche le 1 juin 2017 - Édition Gallimard jeunesse
jeudi 31 août 2017

[avis] De l'autre côté du monde de stéphanie Bishop



Le roman débute en 1966 à Cambridge, ensuite nous nous retrouvons en 1963, nous suivons Charlotte et Henry
Henry est chargé de cours sur les poètes anglais tandis que Charlotte avant la naissance de ses filles était artiste peintre. 
Depuis la naissance de Lucie, Charlotte vit, d’après ce que je comprends, mais qui a cette époque n’était pas pris en compte du tout, une dépression post-partum
Elle oublie des choses, est triste, se sent mauvaise mère. 
Henry pour le bien de sa famille décide d’émigrer en Australie, pays de toutes les promesses pour les Anglais.
Charlotte finit par accepter, mais un soir où elle était particulièrement épuisée.
Pour Henry, quitter l’Angleterre n’est pas un problème, il est déjà émigré, ses parents, indiens, l’ont envoyé en Angleterre en 1945 alors que la colonie britannique commence son indépendance, pour Charlotte il n’est pas de même, toutes ses racines sont en Angleterre, elle aime son climat même s’il est difficile. 
Elle suit malgré tout son mari.

L’arrivée en Australie ne se fera pas sans difficulté pour l’un comme pour l’autre. Charlotte se retrouve dans un pays qu’elle ne connaît pas, toujours avec ses filles, seule la journée pendant qu’Henry est à l’université.
Henry lui souffre des préjugés racistes, il a beau être anglais sur ses pièces d’identité, il n’a pas la bonne couleur de peau.

Stephanie Bishop raconte l’histoire de ses grand-parents, ce n’est pas un livre d’action, mais un livre axé sur la psychologie des 2 protagonistes.
On lit, l'on ressent la peine et le désespoir de Charlotte, elle aime ses filles, elle aime Henry, mais entre eux beaucoup de non-dits ternissent leur relation.
Lui, cache ses difficultés au travail, elle, ses angoisses à la maison. 
Lui, lui envie son sentiment d’appartenance à un pays, il ne sent à sa place nulle part, elle ne comprend pas comment il a pu si facilement partir et emmener sa famille dans un pays au climat rude et sans contact.

Charlotte va essayer de s’adapter, elle va essayer de se remettre à la peinture, mais on lit sa profonde détresse, on la sent par plusieurs fois sur le point de partir et de les laisser. 
Elle étouffe tout en les aimant.

Elle dit « son cœur est semblable à une caverne noire où un oiseau affolé bat des ailes. Il y a bien une lueur qui pointe au loin, mais l’oiseau ne la voit pas. »

Henry ne se rend pas compte de la profonde dépression de sa femme.
On sent l’amour que les personnages se portent, mais l’amour fait-il tout dans une relation ? Les habitudes du couple étouffent Charlotte, ils sont ancrés tous les 2 dans le train-train quotidien sans plus de surprises, ce qui, a un moment leur faisait plaisir devient normal, à la limite de l’agacement. Si seulement ils se parlaient... .

La fin m’a déchiré le cœur, j’ai été profondément attachée à Charlotte et aux gamines : Lucie et May. J’ai ressenti le mal-être de la mère, j’ai compris son manque de sommeil que toute maman connaît à un moment ou un autre, tout comme les craintes qui l'habitent.

L’auteure à travers ses 2 personnages et les 4 parties du roman nous fait voyager entre Cambridge, Perth et New Delhi quand Henry part au chevet de sa mère malade.
Les descriptions des environnements et du climat sont très justes et vous font ressentir la chaleur du bush australien, la mousson en Inde, le froid en Angleterre.

Un roman sur l’amour, sur la maternité, sur le racisme, sur la difficulté d’intégration dans un pays, le déracinement, sur la quête d'identité à travers le personnage de Henry.
Il ne plaira pas à tous les lecteurs, car c’est un livre où la narration est très peu présente, on lit tour à tour les pensées de Henry et de Charlotte.
Des passages douloureux et de jolis moments familiaux avec les 2 petites filles et leurs mots d’enfants.

Une lecture que j’ai aimé, mais pas adoré, je suis restée très éloignée d’Henry qui pourtant est bien décrit, je trouve un peu dommage que l’auteure n’explique pas mieux l’indépendance de la colonie britannique, une bonne partie de la psychologie d’Henry est basée dessus, ce sentiment d'être citoyen britannique mais de n'être pas accepté en tant que tel. 
J’ai ressenti beaucoup d’émotion en tant que maman pour Charlotte.
Stéphanie Bishop a une très belle écriture,  la tristesse, les doutes sont écrits avec beaucoup de justesse et de sensibilité. 

De l'autre coté du monde de Stéphanie Bishop - roman contemporain - Littérature étrangère - Édition Fleuve - Auteure australienne - 288 pages, 18,90€ - En librairie le 24 août 2017

jeudi 24 août 2017

[avis] Les pleureuses de Katie Kitamura



Résumé : Fiche du livre sur le site des éditions Stock 

Premier roman de la rentrée littéraire que je lis, premier roman de Katie Kitamura traduit en français.
J’ai aimé sans aimer ce roman.

Tout d’abord l’absence de prénom de la narratrice, oui on pourrait s’identifier à elle puisqu’elle parle à la première du singulier, mais j’ai lu le roman comme la narratrice le fait en réfléchissant à son mariage, très extérieur.

Si vous aimez l’action, ce ne sera pas le roman qui vous conviendra. En effet, nous suivons la narratrice lors d’un voyage en Grèce, dans la région du sud du Péloponnèse, dans la Magne. Elle y va suite à un coup de téléphone de Isabelle, sa belle-mère, qui est sans nouvelle de son fils depuis 2 semaines. 
Comment expliquer à cette mère inquiète que Christopher et elle sont séparés depuis 6 mois, que Christopher, son époux, a tenu à garder cachée cette information.
Elle ne se sent pas de le faire et se rend donc sur place là où son mari est censé être afin de lui dire de vive voix qu’il est temps de prononcer le divorce.
Arrivée dans l’hôtel Christopher n’est pas là.
Peu à peu en attendant Christopher, seule, dans un village qu’elle ne connaît pas elle va s’interroger sur son mariage. Ont-ils pris la bonne décision ?
Que veut dire le mot : je le veux et jusqu’à ce que la mort nous sépare ?

« Lorsque nous sommes enfants, les mots sont plus légers que l’air : je crie je te déteste et ça ne veut rien dire, tout comme je t’aime. Mais à l’âge adulte, ces mots sont choisis avec le plus grand soin, ils ne glissent plus sur nos lèvres avec la même facilité. Je le veux en est un autre exemple (...) »
« (...) je le veux resterait à jamais liées à une autre, archaïque tout autant qu’insensée, jusqu’à ce que la mort nous sépare (...) »

Elle s’interroge, et moi, femme et épouse, je n’ai pu m’empêcher de réfléchir aussi au sens de ces mots même si je suis heureuse, que nous venons de fêter nos 15 ans de mariage, je n’avais jamais réfléchi à ces mots qui, c’est vrai, nous les prononçons innocemment enfant, mais bien différemment adulte.
Notre narratrice part sur les pas de Christopher, auteur d’essai, il est en train d’écrire un livre sur le deuil et ses différents rites, il était apparemment là-bas pour ces recherches sur « les pleureuses » une traduction ancestrale grecque que je ne connaissais pas du tout et qui m’a intéressée. 
La rencontre avec la grand-tante de Stephano, le conducteur de taxi, elle-même pleureuse m’a mis les frissons.
La moitié du livre s’écoule doucement, nous suivons la narratrice, Maria la réceptionniste, Kostas le maître d’hôtel et Stephano.
Ensuite, il y a un twist que je n’avais pas vu venir. Je m’attendais à toute autre chose.

L’écriture de l’auteure Katie Kitamura est imagée et poétique, parfois un brin cynique, mais toujours très terre à terre, la narratrice livre ses réflexions comme si elle vous parlait à vous lecteur.
C’est ce que j’ai le plus aimé dans ce roman, l’écriture. Il m’a manqué d’attachement aux personnages, je suis restée en retrait, à aucun moment je ne me suis retrouvée dans cette région du Péloponnèse. 
Peu de descriptions des paysages empêchent d’imaginer les lieux.

À la fois roman avec un suspens qui est maintenu jusqu’au bout du roman (en grande partie) et à la fois essais sur l’amour, le mariage, la mort.

Je relirai un autre roman de l’auteure afin de voir si c’est son style ou s’il y’a plus d’actions dans les autres livres.


À lire si vous aimez les livres d’introspection et que l’absence de descriptions et d’actions ne vous dérange pas.

Les pleureuses de Katie Kitamura - roman contemporain - Littérature étrangère, auteure américaine - Édition Stock, collection La cosmopolite - 304 pages, 21.50€ - en librairie le 23 août 2017


lundi 14 août 2017

[avis] L'enfant du lac de Kate Morton


Kate Morton est une auteure australienne que j’aime, j’ai lu chacun de ses romans à part la scène des souvenirs, elle confirme, avec L’enfant du lac, l’opinion que je m’étais forgée, elle a ce formidable don de conteuse, malgré les 739 pages (de l’édition poche parue chez Pocket, comme ses autres romans d’ailleurs) vous êtes entraînés dans son histoire.
Même si celui-ci n’est pas mon préféré, à cause d’un début assez lent, passé les 200 pages le récit devient captivant.

Le roman se déroule sur 2 époques, dans un premier temps en 1933 avec la disparition de Théo, un bébé de 11 mois dont l’enquête n’a jamais été résolue ; dans un second temps en 2003 avec l’inspectrice londonienne Sadie, en repos forcé, à cause d’une bévue commise lors d’une enquête, elle est partie chez son grand-père en Cornouailles.
Le lien entre les 2 époques est la région et plus particulièrement ce manoir, cette maison de Loeanneth, domaine familial du petit Théo, lieu même de sa disparition un soir de bal du solstice.
Sadie apprend que le domaine qu’elle a trouvé par hasard lors d’une des promenades matinales a été le lieu d’une disparition, elle décide alors de reprendre « l’enquête » même si elle n’est pas officielle.

La disparition de Théo et l’enquête de Sadie ne sont pas la seule intrigue que Kate Morton exploite, chacun des membres de la famille du petit Théo est fouillé, exploré dans les moindres détails ainsi que Sadie. Tous cachent des secrets.
L’intrigue principale vous tient en haleine, il vous faudra beaucoup de patience pour avoir le fin mot de cette histoire, car l’auteure vous mène par le bout du nez, vous entraînant sur de fausses pistes, vous faisant croire dur comme fer à une seule possibilité et quand les 700 pages arrivent et avec elles la résolution de l’énigme vous êtes soufflés, rien ne m’avait mis la puce à l’oreille. Je suis tombée des nues.

Les fréquents changements de temps donnent un rythme au récit, vous empêche de trouver le temps long (même si je l’ai pensé au début) vous êtes en 1930 dans cette maison de Loeanneth avec Alice, une gamine voulant devenir écrivain, ses 2 sœurs Déborah et Clemence, leur mère Eleanore, le père Anthony, la grand-mère acariâtre, Constance et l’ami de la famille Mr Llewellyn, un auteur pour enfant.
Kate Morton s’attache à vous présenter chacun des protagonistes du roman, leurs passés, leurs pensées, leurs aspirations, etc.
Ainsi vous basculez en 1911 lors de la première Guerre mondiale ou Anthony a été appelé sous le drapeau, en 1941 lors de la Seconde Guerre mondiale, vous connaîtrez le détail du cette maison de Loeanneth qui je trouve est elle-même un personnage à part entière, théâtre de tant de secrets qu’elle a gardés.
Ces fréquents changements de temps ne perturbent pas le lecteur même si c’est en plein milieu d’un chapitre, car vous faites attention à chaque détail, essayant de débusquer chaque pièce du puzzle permettant de savoir ce qui est arrivé à Théo.

Quand Sadie reprend l’enquête en 2003 vous faites connaissance d’une autre série de personnages, Sadie bien sûr, son grand-père, Bertie, Peter le secrétaire particulier de la célèbre romancière A.C. Edvane, Alastair le dévoué bibliothécaire qui aidera Sadie dans ses recherches, Clive le policier retraité qui a enquêté en 1933.
Ces protagonistes contemporains ont eux aussi des blessures, des secrets, des aspirations, des buts à atteindre.

Comme c’est frustrant de ne rien pouvoir, vous révèler sur le fil conducteur de l’enquête de la disparition de Théo, tous les protagonistes et les lieux tournent auprès de cette énigme, Kate Morton développe une vraie toile d’araignée dense autour de ce fil rouge.
L’auteure aborde nombre de sujets importants, très émouvants au gré de la connaissance que nous faisions avec tel ou tel protagonistes.
J’ai été émue, j’ai été en colère, j’ai détesté certain personnage pour finir par les comprendre, d’autres non je les ai détestés du début à la fin.
Mon cœur de maman s’est serré plus d’une fois.

Pendant les 700 et plus des pages du roman vous êtes totalement déconnectés de ce qu’il se passe autour de vous pour être plongé dans ce jardin magnifique et mystérieux du manoir familial, l’auteure vous décrit avec brio les Cornouailles, comme je vous le disais elle confirme le talent qui fait que j’aime la lire, il s’agit toujours de secrets de familles et de sagas familiales, mais ici il y en a en plus le côté policier, la quête de Sadie bien sûr, mais aussi l’affaire pour laquelle elle a été écartée de la police, vous retrouverez aussi la romance présente dans ses autres récits, mais qui n’est pas du tout mise au premier plan.

Le livre est rempli de mystères, de charmes, d’énigmes qu’on voudrait pouvoir résoudre autant pour les protagonistes que pour nous.
Kate Morton expliquera chacun de ses mystères, chacun des non-dits avec habilité et efficacité.
Ils sont disséminés à travers le roman, les rebondissements sont nombreux ce qui fait que l’on ne s’ennuie pas et que le suspens monte, car l’intrigue principale, elle, reste irrésolue.

La fin est belle, même si certains pourraient la trouver trop parfaite, j’ai aimé la conclusion autant en 2003 qu’à l’époque des faits.


Un livre qui plaira aux amateurs de mystères, de secrets de famille et d’enquêtes policières avec l’enfance comme point d’ancrage.

L'enfant du lac de Kate Morton - Édition Pocket - Roman contemporain/historique - 744 pages, 8.50€ - Paru le 4 mai 2017 (édition poche) 
jeudi 20 juillet 2017

[avis] Hôtel des Muses de Ann Kidd Taylor


J’ai reçu Hôtel des muses il y a 2 semaines, il n’attendait que moi pour être lu, Laure a encore plus titillé ma curiosité en me disant qu’il fallait que je le lise, elle a eu raison, elle me connaît bien, car ce livre a été une magnifique lecture.

Quand j’ai lu dans les remerciements de l’auteure que sa mère n’est autre que Sue Monk Kidd, une auteure dont je raffole on peut dire que le talent de l’écriture s’est transmis de mère en fille.
C’est ce qui m’a avant tout plu dans ce livre : l’écriture. 
L’auteure a cette capacité, à faire des océans différents rencontrés lors de la lecture, des êtres à part entière, je me suis laissé bercer par les vagues et ce monde marin si fascinant.

Maeve notre héroïne est biologiste marine et spécialiste des requins, elle parcourt le monde pour les étudier. 
Les requins je ne voyais ça que comme des « bêtes » dangereuses, depuis ma lecture je me suis rendu compte de leur habitat, leurs habitudes et j’ai été très choquée de lire les millions de requins abattus lâchement, ignoblement pour leurs ailerons réputés délicieux, vous ne me verrez jamais essayer ce plat.
Au-delà de l’intrigue l’auteure nous narre avec justesse et sans insister sur la préservation de la faune marine, que cela soit les requins, les tortues ou les crabes. Tellement d’animaux en voie d’extinction par la bêtise de l’homme.

Concernant l’intrigue nous suivons donc Maeve qui revient de sa mission à Birmini à l’hôtel de la plage, un Hôtel de Floride au bord du Golf du Mexique tenu par son extravagante grand-mère Perri, grande passionnée de littérature chaque chambre porte le nom d'un écrivain ainsi qu’une de ses citations (point positif de plus qui ne m’a fait aimer le roman encore davantage). Maeve ne s’est jamais remise de sa rupture avec Daniel, il la hante depuis 9 ans, à son retour elle n’a d’autre choix que de l’affronter puisqu’il est devenu le chef de cuisine de l’hôtel.
Maeve est confrontée à son passé et à ses blessures jamais cicatrisées.

J’ai adoré Maeve, une jeune femme indépendante, qui sait ce qu’elle veut et que rien ni personne ne peut empêcher de réaliser ses rêves.
Daniel est le personnage que j’ai le moins apprécié, je l’ai trouvé fort centré sur sa personne par contre sa fille Hazel, cette gamine de 6 ans m’a fait fondre. 
Une petite blondinette haute comme trois pommes qui mène son petit monde à la baguette.
Il y a aussi Robin, le frère jumeau de Maeve, un personnage très intéressant, si Maeve est  forte et indépendante Robin est tout le contraire.
J’ai aimé Marco et Nicholas, qui, même si on ne les voit que très peu, m’ont de suite charmée.

L’auteure nous tient en haleine jusqu’au bout, il y a plusieurs rebondissements auxquels je ne m’attendais pas, le final est beau, j’ai trouvé la conclusion parfaite.

Une nouvelle auteure à suivre de près.
J’ai adoré l’écriture, les descriptions des lieux qui m’ont transportée, je me suis laissé bercer par les vagues, les cris des mouettes, j'ai senti le sable crisser sous mes pieds, entendu le vent souffler dans mes cheveux.

Des personnages forts dans l’ensemble et un univers maritime que j’ai vraiment adoré.


Hôtel des Muses de Ann Kidd Taylor - Édition Calmann-Levy - roman contemporain, romance, littérature étrangère -396 pages, 20,90€ - Paru le 17 mai 2017 - 
mercredi 21 juin 2017

[Avis] Deux soeurs de Elizabeth Harrower


Voilà un roman qui est paru une première fois, mais l’auteure née en 1928 est vite retombée dans l’oubli.
Réédité en français cette année (son autre roman « avec un certain monde » a été salué par la critique en 2016) j’ai eu envie de le lire.

Si vous lisez ce roman, il faut que vous vous remettiez dans les mœurs de l’époque où ce roman a été écrit sinon vous ne comprendrez pas les réactions des deux sœurs : Laura, l’aînée et Clare la cadette.

Nous suivons donc Laura et Clare, leur père décédé elles doivent quitter leur école de jeunes filles de bonne famille, elles vont habiter avec leur mère dans la banlieue de Sydney.
Stella Vaizey leur mère est agaçante au plus haut point, elle prend ses filles pour des domestiques, se « venge » de leur déchéance comme si Laura et Clare étaient responsables. Elle ne quitte jamais son canapé ou sa chaise longue, disséminant ses ordres.
Laura comprend que la carrière de médecin à laquelle elle se destinait n’est plus qu’un lointain souvenir, elle entame une école de commerce où elle apprend la sténo-dactylo. 
Son certificat en poche elle se met très vite à travailler, elle n’a pas le choix, la subsistance de sa jeune sœur et de sa mère repose sur ses épaules.
Elle est engagée dans une usine dirigée par Felix Shaw, un homme 20 ans plus âge que Laura mais pas méchant avec ses employés, on peut même dire qu’il est généreux et juste.
Quelques années plus tard, leur mère décide en plein milieu de la Seconde Guerre mondiale de retourner en Angleterre, après tout ses filles sont grandes et se débrouilleront bien seules.
Félix Shaw propose alors à Laura de l’épouser
Laura ne connaît rien de la vie, elle a quitté son école de jeunes filles pour ensuite travailler à l’usine et chez elle, elle n’a pas de loisirs, pas d’amies, elle ne sort jamais.
Après réflexion elle se dit qu’après tout Félix n’est pas méchant, il a toujours été un patron gentil et il propose de prendre en charge les frais de scolarité de Clare, de quoi les mettre à l’abri.
Laura ne sait pas encore qu’elles les emmènent tout droit dans la gueule du loup.

Très vite le véritable caractère de Félix Shaw se révèle tout autre que ce qu’il avait montré jusqu’à présent.
Il est cruel, violent, rabaissant sans cesse les 2 femmes, il a besoin de son auditoire chaque soir, son harem comme il le dit en rigolant.
Laura la plus sage des 2 sœurs accepte son sort, elle se dit qu’un jour ou l’autre Félix changera, Clare, elle, est différente elle se révolte, elle fait part de ses angoisses à sa sœur, elle aspire à une autre vie mais obéit quand même à sa sœur et Félix.

Ce roman est terrible, à chaque chapitre on plonge de plus en plus dans la psychologie des personnages et des mœurs des années 40-50, il faut vraiment garder ce fait à l’esprit quand vous le lirez, car sinon vous ne comprendrez pas les réactions des personnages et surtout de Laura.
Au fil du roman, Laura est comme aliénée par Félix, vous avez envie de la secouer, qu’elle ouvre les yeux, qu’elle crie ou parte très vite de sa jolie maison, mais où règne l’horreur.

J’ai trouvé quelques longueurs à certains moments, mais sinon c’est un roman remarquable du côté de la psychologie des protagonistes. Une fine analyse de la société, noire, certes, mais juste.

L’auteure joue avec vos nerfs, vous êtes pris d’empathie pour Laura et Clare, vous détestez ce type fou, vous vous demandez comment il va réagir, il rigole et d’un coup sans savoir pourquoi il explose.

Une auteure à découvrir, un roman noir psychologique que vous aimerez si vous vous plongez dans l’époque.

Il m’a révolté, j’ai aussi pensé à toutes ces femmes pour qui ce n’est pas un roman, car oui, on a évolué depuis, mais c’est un sujet qui je trouve est encore tabou, surtout quand on en est victime.

Deux soeurs de Elizabeth Harrower - Édition Rivages - Roman noir, psychologique - 334 pages, 22,50€ - Sorti le 29 avril 2017. 
lundi 19 juin 2017

[Avis] Dernier été à Tokyo de Cecilia Vinesse



Dernier été à Tokyo nous raconte les 7 derniers de Sophia, sa sœur Allison et leur mère à Tokyo. Elles retournent dans le New Jersey, leur mère ayant terminé sa mission au Japon.
Ces 7 derniers jours, Sophia veut les vivre pleinement, chaque heure, chaque minute, chaque seconde.
Elle ne veut pas quitter ses meilleurs amis de l’école internationale, Mika et David.
Mika est une petite boule d’énergie, David le play-boy de la bande et Sophia la jeune fille sage du trio.
Alors qu’il ne lui reste que ces 7 jours, elle apprend que Jamie revient lui à Tokyo, Jamie qu’elle a tenté d’oublier pendant 3 ans. Jamie le meilleur ami de Mika et dont elle n’a jamais voulu entendre parler.
Ils s’étaient quittés sur une dispute. Il leur reste 7 jours pour tenter de recoller les morceaux.

Cécilia Vinesse vous emmène en voyage, nous sommes dans les rues de Tokyo, au carrefour de Shibuya, déguster des ramen, visiter la tour de Tokyo, se balader autour du sanctuaire de Meiji.
Même si je ne suis jamais allée là-bas j’ai eu l’impression de connaître les lieux, sentir les saveurs des échoppes, entendre le bruit de la circulation.
Elle nous emmène aussi à Paris, c’est là que vit le père de Sophia, ses parents se sont séparés alors qu’elle n’avait que 5 ans, depuis elle passe 1 mois chaque année à Paris. La Tour Eiffel, l’Arc de triomphe, Montmartre.

Ce roman se lit tout seul, destiné à la jeunesse j’y ai trouvé moi aussi mon compte. 
Il parle d’amour, d’amitié, de relation entre sœurs, de relations familiales.
L’endroit où nous préférons être n’est pas toujours un lieu, mais peut être une personne.
Il se lit très vite, il fait à peine 350 pages, à chaque début de chapitre nous avons le jour, l’heure, la minute et les secondes, nous aussi on se bat contre le temps qui passe, c’est une course contre la montre qui s’est enclenchée, on veut savoir comme Sophia et Jamie vont se retrouver et s’ils vont pouvoir se pardonner. Sophia va-t-elle réellement partir de Tokyo ?

Un très beau roman, il m’a manqué d’un peu de magie pour que cela soit un coup de cœur et j’aurais aimé un épilogue pour conclure le roman, là Cécilia Vinesse nous laisse imaginer ce qu’il va se passer après ces 7 jours et le retour (possible) dans le New Jersey.

Quelques citations du livre : 

« C’était la raison pour laquelle j’avais déclenché ce compte à rebours stupide. Parce que je voulais me raccrocher au temps qu’il me restait ici. Parce que je voulais séparer les au revoir de tous les moments, les meilleurs, que j’avais vécu avant ceux-ci. C’était en quelque sorte une expérience scientifique : essayer de retenir une seule seconde alors que mon monde allait s’évanouir autour de moi »

« (...) À vouloir arrêter le temps et revivre cette semaine, encore et encore »


« Tu es terrifiante, comme un roman.juste avant la fin. Tu sais ? Quand tu n’as pas envie que ça s’arrête ? »

Dernier été à Tokyo de Cecilia Vinesse - Édition Pocket Jeunesse, collection territoires - 352 pages, 17,90€ - Roman Jeunesse - Sorti le 1er juin 217
mardi 30 mai 2017

[Chronique] Sonate pour Gustav de Rose Tremain


J’ai un sentiment mitigé pour ce roman, j’ai à la fois aimé en tout cas pour les 2/3 tiers du roman, les chapitres finaux beaucoup moins.

Le héros de ce roman et le personnage auquel on s’attache sans aucun doute c’est Gustav, Gustav qui n’a jamais été aimé par sa mère, Gustav qui fera toute sa vie ce que désire Anton même s’il n’est pas d’accord.

La mère de Gustav comme sa grand-mère sont exécrables, on comprend mieux le comportement de cette femme dans la seconde partie du roman. 

C’est la partie que j’ai préféré, celle qui raconte la position de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale. On entend très peu parler de la Suisse durant la guerre et cela m'a beaucoup intéressé.
Nous allons découvrir ce que le père de Gustav a fait. 
Il va aider de nombreux juifs essayant d’immigrer en Suisse. Il va falsifier des documents leur permettant le droit d’asile ce qui lui vaudra beaucoup de soucis tout au long de sa vie et qui paradoxalement fera que la mère de Gustav sera profondément antisémite.

J’ai trouvé Anton égoïste, centré sur lui-même, j’ai par contre beaucoup aimé ses parents.
C’est l’amitié entre Gustav et Anton qui va les « sauver » : Gustav à ce besoin insatiable d’être aimé et Anton lui, a besoin de reconnaissance, il veut devenir un grand pianiste, mais un trac immense l’empêche de se produire dans de grandes salles. 
Ces deux-là seront (du moins du côté de Gustav) toujours des amis sincères de leurs maternelles jusqu’à l’âge de 60 ans.

C’est un roman sur l’amitié, sur l’amour, qui explique que le passé n’est pas toujours le passé, que trouver le bonheur est possible même tout simplement.
Je m’attendais à lire un roman plus centré sur la Seconde Guerre mondiale, alors, certes, il y a un passage dessus, mais ce n’est pas du tout le thème central du roman. 

Un début prometteur puis le soufflé retombe pour reprendre de plus belle quand on s’attarde sur la vie du père de Gustav, ensuite malheureusement il n’y a pas eu l’émotion que j’aurais voulu ressentir mais cela reste un beau roman sur des thèmes pas souvent exploités en littérature. 


Un avis en dent de scie, certains passages m’ont paru longs d’autres pas assez exploités. 
Malgré tout, l’émotion de Gustav transpire à travers les pages. On ne peut qu’être pris d’empathie pour ce garçon. Un personnage inoubliable. 

Sonate pour Gustav de Rose Tremain - Edition JC Lattes - 300 pages, 20,90€ - Sorti le 10 mai 2017 - Littérature étrangère - Roman contemporain
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