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jeudi 22 février 2018

[Avis] Une proie si facile de Laura Marshall



Mon cher lecteur tu es adepte des suspens psychologiques ? Alors, reste, cette chronique va te plaire.
Tu le sais, je suis une lectrice éclectique et dans les genres aussi je veux dire par là que j’aime les thrillers très gore, les polars et comme ici les suspens psychologiques.
Pour un premier roman, Laura Marshall mène bien sa barque et entraîne son lecteur dans les méandres de son intrigue.
Louise est une mère célibataire qui mène sa carrière et sa vie de mère de front. 
Elle forme un duo avec son fils Henry, âgé de 4 ans. 
Depuis sa séparation il y a deux ans ils sont fusionnels. Tout va plus ou moins bien pour elle jusqu’au jour où elle reçoit une invitation sur Facebook. 
Une invitation d’une jeune fille disparue il y a 25 ans lors du bal du Lycée, Maria Weston.
Jusque là, tout le monde la croyait morte.
Cette invitation refait surgir son passé, pas si enfoui que ça. 
Sa culpabilité est énorme depuis cette fameuse nuit. 
Notre héroïne perd peu à peu pied, elle a toujours un regard par-dessus son épaule, car Maria a l’air de tout savoir d’elle.

Si j’ai vraiment aimé le suspens qui est constant, du début à la fin du roman ; j’apprécie encore plus que Laura Marshall aborde de nombreux thèmes peu exploités, je trouve, dans les suspens psychologiques ou du moins pas de cette manière.
Tu as déjà le thème du rôle de mère célibataire. 
Une mère qui travaille et culpabilise de laisser son fils à la crèche. Un amour maternel puissant et beau à lire.
Tu as les dérives d’internet et des réseaux sociaux, tout le monde peut s’inventer une identité ou une vie.
Et enfin et surtout le harcèlement scolaire durant l’adolescence, cette époque si fragile et difficile pour nombre d’entre nous.
Je ne sais pas toi, mais, pour ma part, je n’étais pas populaire, mes premières années ont vraiment été difficiles à vivre. 

Ici, c’est Maria qui éprouve des difficultés. 
Elle a quitté son ancien lycée pour une histoire similaire, mais qu’elle préfère taire et se retrouve à nouveau dans la même situation.
 Louise était son amie, mais pour rester proche des filles populaires et surtout de Sophie, Louise laisse tomber Maria.
L’auteure te montre combien on peut se laisser manipuler ; combien nous sommes prêts à tout faire pour être acceptés dans le groupe qu’il faut !
Louise s’est complètement laissé abuser par Sophie, elle a laissé tomber d’abord Esther puis Maria. Pourquoi ? Ces deux jeunes filles n’étaient juste pas dans la norme établies par les meneuses, que cela soit vestimentaire comme Esther ou en parole comme Maria qui ne veut plus se laisser faire.

Tu peux tout à faire lire ce roman si tu n’aimes pas les thrillers, il se lit en grande partie sur le harcèlement et la culpabilité de Louise qui ne s’est jamais remise de la disparition de Maria, elle n’a jamais pu oublier ce qu’elle lui avait fait.
C’est un livre écrit intelligemment. 
Les sujets ne sont pas survolés, mais bien exploités et je me suis vraiment retrouvée dans certaines des situations décrites.
De plus, les bons dans le passé disséminés tout au long des 380 pages te permettent de plus ou moins comprendre ce qu’il se jouerait en 1989. Plus ou moins, car tu devras attendre la fin et ses nombreux rebondissements pour tout comprendre.
En plus de cette alternance de temps entre 1989 et 2016 des textes en italiques, comme des lettres écrites, par un homme on le devine, te mettent encore plus dans le suspens, car tu ne sais pas de quelle femme du roman il parle. Esther ? Louise ? Sophie ? Maria ? Polly ?

Tu vas douter de chacun des protagonistes. 
Tim, le frère de Maria cherche-t-il à venger sa sœur ? Pete, cet homme que Sophie vient de rencontrer n’a-t-il pas un comportement bizarre ? Ou encore Matt qui veut que Louise se taise.
Le suspens est encore renforcé par les messages que Louise reçoit, des messages avec des menaces voilées. Jamais rien de franc, mais tu sens que le danger guette Louise et tu prends peur toi aussi.
Avec un rythme haletant grâce au rebondissement qui vont te surprendre la lecture est très addictive. Tu veux comprendre toi aussi si Maria est toujours vivante et si oui pourquoi a-t-elle attendu 25 ans pour refaire surface.
J’ai envie de te dire de qui j’ai douté et pourquoi, mais j’ai peur de te mettre sur la piste en te relatant trop les personnages du roman.

Sache que tous les personnages sont très bien construits. 
Chacun d’eux sont complexe et possède une psychologie dense, cela ne fait que rendre le suspens plus intense.
Je ne peux pas dire que j’ai ressenti une empathie particulière pour l’un d’eux, mais je les ai tous aimés ou pour un ou deux je les ai détestés.
Louise et Maria, je ne me suis pas identifiée à elles, même si elles ont vécu des choses dramatiques, je ne suis pas parvenue à complètement m’immerger dans leur psychologie. 
D’habitude, cela me dérange, mais ici le suspens et le sujet sont tellement intéressants et bien amenés que cela n’a pas été un frein à ma lecture.

Le twist final m’a vraiment surprise. D’abord, tu penses que l’auteure te donne les clés qui vont te permettre de résoudre l’intrigue, mais en fait elle t’endort pour mieux t’assommer (c’est imagé, rassure-toi tu ne sauras pas dormir au contraire !!) et ne rien voir de ce qui se profile.

Vraiment pour un premier roman c’est une belle réussite, tout concorde, les pièces de puzzles se mettent peu à peu en place et rien n’est trop facile.
C’est un roman qui pourra convenir à beaucoup d’entrevous, vu le thème central. 
En plus pour les non initiés ce n’est pas du tout gore ni traumatisant. 
Oui, tu as peur, tu doutes, tu crains de découvrir la vérité, mais c’est ce qui fait à mon sens qu’un suspens psychologique est réussi ou pas. Si l’auteure arrive à te retourner le cerveau, à douter de tes propres certitudes, c’est gagné et c’est le cas avec ce livre.

Je te le recommande chaudement même si cela n’a pas été un immense coup de cœur. 
Il vaut, vraiment, la peine d’être lu et l’auteure d’être connue. 
Je vais d’ailleurs guetter ses prochains écrits.

Une plume simple, mais addictive ; pas de longueurs ni de monotonie ; vraiment un roman réussi pour Laura Marshall.


Une proie si facile de Laura Marshall - Traduction de Zilke Zimmerman - suspens psychologique, harcèlement scolaire - 384 pages, 19.90 - Édition Fleuve, collection Fleuve Noir, en librairie le 8 février 2018
jeudi 23 novembre 2017

[Avis] Vices de Gipsy Paladini


J’avais lu un livre de Gipsy Paladini (« J’entends le bruit des ailes qui tombent ») avant qu’elle soit signée chez Fleuve, quel bonheur de la voir éditée et de recevoir son nouveau livre. 
Je n’avais qu’une hâte : me plonger dans « vices » et voir si j’allais retrouver le style incisif, percutant et noir de l’auteure. 
Si elle allait de nouveau m’embarquer aussi facilement dans son récit, eh bien oui ; j’ai retrouvé tout ça, et bien plus encore.




Gipsy a un style d’écriture bien à elle, original, elle vous donne d’ailleurs le ton ; au début du roman, il y a un avertissement, « Vices est une série littéraire donc voici les deux premiers épisodes. Chaque histoire contient son intrigue propre pouvant être lue séparément.mais les personnages qui les traversent en sont le cœur, ». 
En effet, deux épisodes, deux intrigues sont dans le roman 

-Trois petits singes
-Zabulu

Deux intrigues qui réunissent la brigade des jeunes victimes, chaque protagoniste rencontré au cœur de la brigade m’a happé. 
Leur passé, leurs blessures, leurs failles, si la fin du livre apporte quelques réponses j’ai hâte de lire la suite afin d’approfondir mes connaissances sur ces personnages à la forte personnalité psychologique. Chacun est différent, autant physiquement que moralement.
On a Marie, le personnage central, la jeune flic de 22 ans, petit bout de femme aux cheveux bouclés ; blonde et jolie elle n’attire pas que la sympathie. 
Son « ange gardien » Zolan, tatoué ; cheveux longs ; motard, le flic baroudeur.
Le commandant Tala, 60 ans ; costume/cravate, la force tranquille ; 27 ans aux stups avant de créer la brigade il y a 7 ans.
Amir, père de famille nombreuse, avec lui toute occasion est bonne pour faire la fête.
Bia, l’experte informatique, au look et à la coiffure déjantée, fan des groupes pop japonais et de la culture nippone.
Myriam la chef de brigade, la cinquantaine ; elle entame une seconde partie de sa vie, maman de sa brigade, de ses protégés, elle sème les post-its de citation comme Seneque et à l’air de toujours taper dans le mille. Elle les connaît tous.
Enfin Sophie, jalouse de Marie, l’autre femme de la brigade, une violence l’habite.
D’autres personnages parcourent le commissariat, mais voici pour les principaux protagonistes.

Après son avertissement, l’auteure ne fait pas dans la dentelle, la première page est celle d’un viol, de qui on ne le sait pas.
Ensuite, elle nous plonge dans le premier épisode.

 La première intrigue est celle d’une adolescente Amélie Perrault. 
Victime de harcèlement scolaire.
Je ne vous en dis pas plus si ce n’est qu’avec cette première intrigue Gipsy Paladini vous entraîne dans les méandres du mal, elle analyse les humains dans leurs parts sombres, leurs vices cachés.
Avec un style visuel et cinématographique, vous suivez l’enquête et les indices, vous sondez l’âme humaine dans la noirceur.
Elle vous maintient en haleine, car quand vous croyez l’affaire résolue et elle l’est mais toutes les vérités n’ont pas été révélées.

Au cœur de cette enquête on apprend à connaître les protagonistes qui viennent très vite vous emparez de votre cerveau. 
Si les descriptions des lieux sont visuelles, celles des protagonistes le sont tout autant en faisant des personnes que vous pourriez croiser dans la rue, ils sont dans votre salon, votre chambre. 
Ils évoluent devant vos yeux.
Si la première affaire est pleine de suspens, rebondissements et noirceur, il en est de même pour les policiers qui composent la brigade.
Marie j’ai ressenti une profonde empathie pour elle sans savoir pourquoi au début, plus le livre avance plus on comprend... mon empathie n’a fait que croître.
Sophie, au début, je la pensais simplement jalouse, mais son âme est bien plus torturée qu’il n’y paraît.

La deuxième intrigue est celle d’un jeune Africain porté disparu depuis deux semaines, d’une veille femme brûlée vive dans son appartement. Les deux affaires sont-elles liées ?
Si dans "Trois petits singes" (rien vu, rien dit, rien entendu) l’histoire se passe dans les beaux quartiers ou la classe moyenne dans cette investigation nous sommes dans une cité, dans un immeuble délabré, habité par des réfugiés sans papiers.
Les habitants ne se livrent pas plus que dans la première intrigue. 
Ils se méfient des policiers et de tous, chacun reste sur ses gardes.
Gipsy Paladini nous entraîne cette fois dans les croyances africaines, des jeunes qui finissent par mal tourner, car la société ne leur donne aucun moyen de s’enfuir. 
En quittant leur pays d’origine, ils pensaient laisser leur passé derrière eux, mais celui-ci n’est jamais loin.
Cette deuxième énigme est bien plus noire encore, plus dure, des passages de cruauté, mais qui existent.
Toujours avec ce style brut, incisif elle taille au plus profond de votre cœur.
La psychologie des héros s’approfondit on en apprend de plus en plus sur eux.

Ce qui fait la force de ce livre : ses personnages, si l’on apprend plusieurs informations sur eux au cours de la lecture, on sent que l’auteure n’a pas fini de nous surprendre en nous révélant leurs failles, leurs vices, qu’il nous faudra gratter cette croûte de mystère qui les entoure ; les deux enquêtes par contre sont résolues. 
Vous ne terminez donc pas sur un cliffhanger quoique... Gipsy est "vice-ieuse", je n’ai qu’une envie retrouver la brigade, car le final m’a coupé le souffle et a soulevé tout un tas de questions, a ébranlé quelques certitudes et m’a serré le cœur pour deux personnages.

Dernière force de ce roman ; les sujets des deux affaires sont des sujets d’actualité, inutile de fermer les yeux et dire non ça n’existe pas, Gipsy Paladini vous sort la tête du sable, inutile de faire l’autruche. C’est criant de vérité, cruel, mais véridique.
C’est plein d’authenticité, ça vous prendra aux tripes, car les deux intrigues touchent des enfants.

Lisez cette auteure, une maîtrise du noir, point de gris, ni de nuances, tout est sombre, mais au cœur de cette obscurité surgit la plume lumineuse de Gipsy.


Fois de souris, cher lecteur, il vous faut découvrir cette auteure, je suis frustré d’attendre un an (j'espère pas plus :/) avant de retrouver son univers, mais il est tellement bon, original, maîtrisé, subtil, travaillé en profondeur que je me réjouis d’avance.




Vices de Gipsy Paladini - polar, roman noir - 408 pages, 19,90€ - Auteure Françaises - Édition Fleuve, collection noir - En librairie le 9 novembre 2017
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