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mardi 20 février 2018

[Avis] Sous les étoiles silencieuses de Laura McVeigh


Mon cher lecteur, aujourd’hui je t’emmène en voyage à bord du transsibérien à la rencontre de Afsana et des siens.

« Il y a des voyages qu’on n’aimerait jamais avoir à faire. Et que l’on fait pourtant s’ils offrent le seul moyen de survivre »

Au moment où j’écris ses lignes quelques jours après ma lecture je peux te dire que c’est un coup de cœur ; en tout cas, un livre que je n’oublierai pas.
Tu le vois, je lis de tout, des histoires plus légères, du fantastique, mais j’ai toujours cette passion pour l’histoire qui reste importante pour moi. 
L’histoire en général, mais aussi l’histoire des peuples et des nations de notre planète.
Avec sous les étoiles silencieuses j’ai appris à connaître Kaboul juste avant le départ des Soviétiques et l’arrivée des talibans, j’ai aussi replongé dans le passé avec les goulags sous Staline, et j’ai relu en compagnie de Afsana, Anna Karenine. Tu mélanges tout cela même s’ils n’ont d’apparence aucun point commun et tu entres dans ce wagon à bord du Transsibérien ou Laura McVeigh va te narrer l’histoire de Afsana et de sa famille ainsi que celle de Napoléon, le contrôleur du train qui les protège et s’est attaché à eux.

"J'avais cinq ans lorsque nous avons quitté Kaboul pour de bon. C'est une chose terrible que de fuir sa maison en pleine nuit, de voir la peur dans les yeux de ses parents et de savoir qu'on ne reviendra jamais. c'est une chose terrible que de ne plus être chez soi nulle part. Mais quand on peut plus lire, apprendre,chanter, ni même marcher toute seule au soleil, on ne peut plus vivre."

Ce livre est découpé en 6 parties, mais pour moi il y en a surtout deux.

La première partie où tu suis la famille d’Afsana, les jeux et les disputes entre frères et sœurs : Javad, Ara, Petit Arsalan et Sitara ; les parents Baba Dil et Madar Azita qui leur racontent comment était Kaboul autrefois, quand ils pouvaient aller tous les deux à l’université. 
Elle se destinait à être médecin, lui, avocat. 
Le Kaboul où résonnait la musique, où naviguaient les cerfs-volants dans le ciel ; les femmes surtout, elles qui avaient une place dans la société avant que les talibans arrivent et ne prennent le pouvoir.
Dans ce long voyage d’est en ouest et d’ouest en est, ils ne savent pas se décider où s’arrêter pour être en sécurité et enfin avoir à nouveau un endroit où vivre. Juste cela. Vivre.
Ils se souviennent de la maison bleue qu’ils habitaient, d’Arsalan, l’ami de la famille, du jardin où les enfants ont passé tant de temps à regarder les pétales tomber de l’arbre de Judée sous lequel ils aimaient tant se réfugier avant que ne pleuvent les bombes.
Pour la maman Azita, ses enfants y compris ses filles doivent avoir une éducation. 
Ils sont très cultivés, parlent 3 langues avec l’anglais et le russe. 
Ils connaissent leur géographie. 
Le soir, la famille passe un moment à écouter les histoires d’autrefois, un conte ou un opéra de Stravinsky.

Je me suis fortement attachée à chacun d’eux, que cela soit les aînés comme les plus jeunes. Forcément un peu plus à Afsana qui est la narratrice et te parle à la première personne, elle a entrepris de noter tous ses souvenirs dans un cahier afin de ne rien oublier.
Arrivée à la seconde partie, les larmes ont coulé toutes seules et j’ai entrepris un autre voyage ; celui-ci, introspectif, en compagnie de Afsana. Je l’ai écoutée raconter les horreurs de la guerre, la bestialité et la méchanceté des hommes. Mais toujours, elle a en elle cet espoir de trouver enfin le bonheur.
Elle s’interroge aussi en observant les touristes comme toi, comme moi, qui eux n’ont pas dû tout quitter du jour au lendemain, mais ils ont choisi de voyager. Où est le bonheur ? Qu’est-ce que c’est le vrai bonheur ? Elle essaie aussi de comprendre ses parents, anciens militants. Elle n’avait que 5 ans quand ils ont quitté Kaboul, malgré tout elle se souvient de certains points, mais reste avec des interrogations.

"Là, sous l'immensité du ciel criblé d'étoiles et de constellations silencieuses, si vaste et si majestueux, là j'aurais l'impression que notre périple n'a pas été vain, au bout du compte. Si seulement j'arrivais à vider mon esprit de toute pensée le temps d'écouter le ciel nocturne, j'entendrais enfin ce que l'univers veut me dire"

Et elle, dans tout cela, que va t’elle devenir ? Institutrice comme son père la voit, elle avide de savoir, passionnée de littérature passant des heures à lire Anna Karenine. 
Une jeune fille de 15 ans qui en lisant s’interroge aussi sur l’amour, est-ce que c’est plutôt comme dans son roman ou comme ses parents ? Et ses parents se sont-ils toujours aimés ?
Elle te raconte comment son père se renferme et combien sa mère parvient à embellir chaque épisode de leur vie.

La première partie est plus légère que la deuxième même si tu es triste de voir cette famille de réfugiés nomades d’un bout à l’autre de l'URSS. 
La seconde, m’a secouée et en même temps m’a fait moi aussi réfléchir sur le sens de la vie. 
Sur ces instants de bonheurs fragiles, sur ce que l’on voit aux actualités et ce qu’il en est réellement.

Ce n’est pas le premier livre que je lis sur l’Afghanistan, par contre je pense que c’est le premier qui remonte aussi loin. 
Tu vas voir le pays des années 60 à 90 tout comme l’URSS en train de changer.
Avec une écriture simple et fluide, Laura McVeigh livre ici un premier roman à la fois bouleversant et d’espérance.
Les post its sont nombreux, car de nombreux passages m’ont émue par la voix de Afsana.
Tu sais que quand je mets beaucoup de post its c’est que l’écriture m’emporte et que je ne veux pas oublier certains passages, ou parce que les mots sont beaux, qu’ils méritent de figurer dans mon cahier de citations.

"J'ai du mal à comprendre comment les hommes continuent à reproduire les mêmes erreurs, encore et encore ; des pays différents, des époques différentes, et toujours les mêmes méthodes, à base de terreur et de haine."

Je savais que j’allais aimer ce roman, tout comme j’ai aimé ceux de Khaled Hosseini et Nadia Hashimi, mais ici l’auteure m’a vraiment surprise je ne m’attendais pas du tout à cela.
Tu vas lire le périple d’une famille de réfugiés, un périple aux mille dangers, mais l’auteure va bien plus loin que cela.
N’oublie pas que le mot voyage peut prendre plusieurs significations. Je ne t’en dis pas plus, je ne veux surtout pas te spolier.

C’est un roman pour tous les amateurs de contemporains, ceux qui comme moi attachent une importance à l’histoire. 
C’est aussi léger que dur à lire, c’est émouvant et apaisant. 
Tu te sens ballottée à bord de ce wagon, mais aussi secouée.

Si tu veux en savoir plus sur Kaboul, le communisme, l’Union soviétique, sur le sort d’une famille de réfugiés comme il y en a des milliers sur les routes depuis tant d’années, si toi aussi tu cries à l’injustice je ne peux que te conseiller ce roman. 

Tu te rendras compte que finalement le bonheur tient vraiment à très peu de choses et est aussi très fragile. Que l’espoir peut être aussi fort que la tentation d’abandonner.



Sous les étoiles silencieuses de Laura McVeigh -traduction de Julie Sibony - roman contemporain - Irak - Kaboul - 336 pages, 19.50€ - Editions Fleuve, en librairie le 8 février
mercredi 31 janvier 2018

[Avis] Ce soir, on regardera les étoiles de Alì Ehsani


Ce soir, en regardera les étoiles ou quand pourront-ils à nouveau regarder le ciel sans crainte des bombes ou de se faire prendre lors de long périple vers la liberté de Kaboul à Kandahar (Iran) puis jusqu’au Pakistan puis Istanbul, la Grèce et enfin l’Italie.
Mon cher lecteur, ce livre, ce roman est une pépite que je te conseille tout simplement pour te mettre à la place d’un petit garçon de 8 ans, Alì et de son frère Mohammed 18 ans quand ils doivent partir de Kaboul
Plus rien ne les retient, leurs parents sont décédés sous les bombes en pleine journée. 
Alì ne le comprend pas ; pour lui la guerre c’est son quotidien ; il a toujours connu ce bruit, ces maisons qui disparaissaient ; pour lui la guerre c’est dans tous les pays pareil. 

"L’espace d’un instant, je me demande à quoi cela sert d’être heureux si on n’a plus personne avec qui le partager (...)

C’est un petit bonhomme joyeux, innocent comme tous les enfants du monde de cet âge. 
Il s’amuse avec son ami Ahmed, il voudrait aussi pouvoir passer du temps avec son papa en tête à tête comme Mohammed le fait pour aller aider son père au travail, mais le papa d’Ali veut qu’il travaille bien à l’école, qu’il ait une situation et c’est le rôle de frère aîné de se sacrifier pour sa famille. 

Quand les parents décèdent, Mohammed va jouer le rôle de père et de mère pour Alì, ils ne peuvent rester à Kaboul ; là leurs seules possibilités c’est : ou la mort ou se faire arrêter et devenir un enfant-soldat.
 Il veut offrir une chance à Alì et honorer la promesse faite à son père qu’Alì continuera l’école.

Il le poussera tout au long de ce voyage harassant, dangereux en l’encourageant, en le faisant rire ou en lui racontant des histoires pour que ce petit bonhomme ne comprenne pas pourquoi les Patchouns ont de la chance, car ils sont d’une croyance différente, admise par les talibans, qu’avant de pouvoir arriver en Iran ils vont devoir passer par Kandahar puis par le Pakistan. Tout ce que son frère lui promet c’est qu’ils sont comme les oiseaux.

"- Nous sommes comme les oiseaux, as-tu dit.
- Pourquoi ?
- Parce que les oiseaux volent là où ils veulent et nous, on va voler très loin"


"Les Patchouns ont de la chance, ils n’ont pas à se cacher, les talibans les laissent tranquilles, contrairement aux Hazaras. Toi et moi, nous ne sommes pas des Hazaras, nous sommes des Turkmènes, mais ça fait des années qu’ils nous traient comme des Hazaras ; les talibans arrêtent les Hazaras et ils les envoient combattre, c’est pour ça qu’on doit se cacher"

Arrivés à Istanbul, les frères vont être séparés. Alì continuera son voyage jusqu’en Grèce puis jusqu’en Italie.

"Qui me donnera à manger, qui me soignera quand j’aurai de la fièvre, si je trouverai quelqu’un qui aura le temps, je n’ai pas d’ami, je n’ai rien et je ne pense pas cela dans un moment découragement, c’est la pure vérité, un fait avéré"

Comment vous dire à quel point ce livre m’a serré le cœur ?

La détresse que tu sens dans les recommandations de Mohammed à son frère (ne bouge pas, ne fais pas de bruit, ne t’éloigne pas de moi) tu les prends en pleine poitrine, il a tellement peur pour son petit frère, il fait tout pour lui, jamais il ne lui montre la moindre tristesse, mais toujours l’espoir, le but d’y arriver. 

"Alì, encore un effort, on est bientôt arrivés"
"Alì, on y est presque."
"Alì arrête de te plaindre, n’aie pas peur"

Pour se rappeler de leurs parents et passer le temps, ils se posent tour à tour des questions simples, mais quand toi tu les lis tu comprends la peur qu’ils ont de les oublier ; d’ailleurs, un passage m’a vraiment secouée ; c’est quand Alì ne sait plus le nom de son papa.
 Il l’a toujours appelé papa jamais par son prénom. 
Ils se rappellent le Kaboul d’autrefois avant la guerre, avant la naissance de Alì, quand leurs parents se sont rencontrés, que les rues étaient animées, la musique encore jouée, le cinéma ouvert maintenant, plus rien n’existe, plus d’eau ni d’électricité ; le régime des talibans ne permet plus rien de tout cela.
Quand je lisais ce roman, je me suis dit que l’on ne se rendait pas compte de la chance que nous avions, le confort on le considère comme un acquis ; ces gens ; eux aussi ; ils ont eu le confort et du jour au lendemain ils vivent dans un pays où tout n’est que violence ; où aller à l’école est dangereux, tellement dangereux que les instituteurs sont armés de Kalachnikov.

Il y aura au cours de leur long périple des gens qui vont abuser de la misère humaine, ces passeurs sans scrupules et d’autres qui ont encore le cœur ouvert comme Bekir et Nuragica ; des Kurdes qui ont tout recommencé à Istanbul et seront quelque temps des parents de remplacement, les « oncles » Jamal et Enaiath, un moment où Mohammed pourra se faire de l’argent pour continuer leur voyage en vendant des sacs au bazar de Téhéran.
Il y a aussi la solidarité entre Irakiens, ceux qui ont réussi et ceux qui sont refoulés, tous se souviennent de leur pays sans amertume, mais les larmes dans la voix en se rappelant ceux qu’ils ont laissés aux pays.

Ce livre met fin à tous les préjugés, je n’en avais pas, mais les mots sont plus forts que les armes et j’espère vraiment que les gens, un grand nombre de lecteurs le liront, qu’ils comprendront la désinformation qui circule et ce qu’est la réalité de terrain ; les organisations mafieuses qui profitent des réfugiés ; bien sûr, il y a aussi de bonnes organisations, mais ces gens sont traités pires que des animaux. 

Ils n’ont rien demandé, ils sont des êtres humains comme toi, comme moi, ils ne sont justes pas de la bonne branche de l’Islam ou de la bonne caste. 
Dans le cas de Alì et Mohammed, ils sont turkmènes, une branche de la religion musulmane (Wikipediala pire pour les talibans, des rats que l’on écrase, de la vermine à faire disparaître.

Peut-être que quand tu croiseras un jour un réfugié tu ne te diras pas de suite encore un voleur et que tu changeras de trottoir, mais qu’au contraire tu lui souriras, tu lui tendras la main. Ces gens ne demandent pas grand-chose.

"Les gens qui parlent des émigrés utilisent souvent le mot "désespérés”, mais ce que moi, je pense, aujourd’hui, c’est qu’il n’y a rien de plus semblable à l’espoir que la décision d’émigrer : espoir d’arriver dans un endroit meilleur, espoir de réussir, espoir de survivre, espoir de tenir bon, espoir d’un dénouement heureux comme au cinéma. Il est normal que tout être humain cherche désespérément à améliorer sa condition et, dans certains cas, partir est le seul moyen d’y arriver"

C’est un récit d’une très grande humanité, plein d’humilité et d’amour que Alì Ehsani nous livre. Entre chaque page surgit la lumière des étoiles, ce regard de petit garçon inquiet, mais heureux quand même, car non seulement Mohammed a réussi à quitter Kaboul, mais a préservé l’âme innocente de son petit frère. 
Un petit frère qui a les yeux ébahis de voir la lumière partout, qui a peur de cette eau qui coule des douches, Alì qui n’en revient pas que les gens se baladent sans avoir peur, hommes et femmes ensembles dans les rues. 
Tout cela est nouveau pour lui, la télévision, le cinéma, des billes, un vélo ou même juste un cornet de glace.

"Le moment le plus dur de ma vie a été celui où j’ai pensé avoir fait tant de route pour rejoindre une terre promise qui n’existait que dans nos têtes "

Un roman d’une incroyable beauté renforcée par la narration en tutoiement, Alì Ehsani se livre à son frère, il lui raconte avec son regard d’adulte ce qu’il comprenait à ce moment-là et ce qu’il a compris désormais. Comme s’il lui écrivait une lettre pour lui raconter tout ce qu’il a compris désormais et ce dont il se souvient.

" Selon moi, tu rêvais d’avoir une vie sans peur, ce à quoi tout le monde aspirait"

C’est un cri d’amour et de reconnaissance à ce frère qui l’a mené au but fixé depuis tant d’années : reprendre l’école et faire des études dans un pays où ce n’est pas les bombes qui ornent le ciel, mais les astres lumineux, le soleil et les étoiles

Ce soir, on regardera les étoiles de Alì Ehsani  et Francesco Casolo (co-auteur) - traduction de Delphine Gachet - 320 pages, 21 euros - Roman contemporain - récit autobiographique - Edition Belfond, collection Le cercle, en librairie le 1 février 2017
lundi 14 août 2017

[avis] L'enfant du lac de Kate Morton


Kate Morton est une auteure australienne que j’aime, j’ai lu chacun de ses romans à part la scène des souvenirs, elle confirme, avec L’enfant du lac, l’opinion que je m’étais forgée, elle a ce formidable don de conteuse, malgré les 739 pages (de l’édition poche parue chez Pocket, comme ses autres romans d’ailleurs) vous êtes entraînés dans son histoire.
Même si celui-ci n’est pas mon préféré, à cause d’un début assez lent, passé les 200 pages le récit devient captivant.

Le roman se déroule sur 2 époques, dans un premier temps en 1933 avec la disparition de Théo, un bébé de 11 mois dont l’enquête n’a jamais été résolue ; dans un second temps en 2003 avec l’inspectrice londonienne Sadie, en repos forcé, à cause d’une bévue commise lors d’une enquête, elle est partie chez son grand-père en Cornouailles.
Le lien entre les 2 époques est la région et plus particulièrement ce manoir, cette maison de Loeanneth, domaine familial du petit Théo, lieu même de sa disparition un soir de bal du solstice.
Sadie apprend que le domaine qu’elle a trouvé par hasard lors d’une des promenades matinales a été le lieu d’une disparition, elle décide alors de reprendre « l’enquête » même si elle n’est pas officielle.

La disparition de Théo et l’enquête de Sadie ne sont pas la seule intrigue que Kate Morton exploite, chacun des membres de la famille du petit Théo est fouillé, exploré dans les moindres détails ainsi que Sadie. Tous cachent des secrets.
L’intrigue principale vous tient en haleine, il vous faudra beaucoup de patience pour avoir le fin mot de cette histoire, car l’auteure vous mène par le bout du nez, vous entraînant sur de fausses pistes, vous faisant croire dur comme fer à une seule possibilité et quand les 700 pages arrivent et avec elles la résolution de l’énigme vous êtes soufflés, rien ne m’avait mis la puce à l’oreille. Je suis tombée des nues.

Les fréquents changements de temps donnent un rythme au récit, vous empêche de trouver le temps long (même si je l’ai pensé au début) vous êtes en 1930 dans cette maison de Loeanneth avec Alice, une gamine voulant devenir écrivain, ses 2 sœurs Déborah et Clemence, leur mère Eleanore, le père Anthony, la grand-mère acariâtre, Constance et l’ami de la famille Mr Llewellyn, un auteur pour enfant.
Kate Morton s’attache à vous présenter chacun des protagonistes du roman, leurs passés, leurs pensées, leurs aspirations, etc.
Ainsi vous basculez en 1911 lors de la première Guerre mondiale ou Anthony a été appelé sous le drapeau, en 1941 lors de la Seconde Guerre mondiale, vous connaîtrez le détail du cette maison de Loeanneth qui je trouve est elle-même un personnage à part entière, théâtre de tant de secrets qu’elle a gardés.
Ces fréquents changements de temps ne perturbent pas le lecteur même si c’est en plein milieu d’un chapitre, car vous faites attention à chaque détail, essayant de débusquer chaque pièce du puzzle permettant de savoir ce qui est arrivé à Théo.

Quand Sadie reprend l’enquête en 2003 vous faites connaissance d’une autre série de personnages, Sadie bien sûr, son grand-père, Bertie, Peter le secrétaire particulier de la célèbre romancière A.C. Edvane, Alastair le dévoué bibliothécaire qui aidera Sadie dans ses recherches, Clive le policier retraité qui a enquêté en 1933.
Ces protagonistes contemporains ont eux aussi des blessures, des secrets, des aspirations, des buts à atteindre.

Comme c’est frustrant de ne rien pouvoir, vous révèler sur le fil conducteur de l’enquête de la disparition de Théo, tous les protagonistes et les lieux tournent auprès de cette énigme, Kate Morton développe une vraie toile d’araignée dense autour de ce fil rouge.
L’auteure aborde nombre de sujets importants, très émouvants au gré de la connaissance que nous faisions avec tel ou tel protagonistes.
J’ai été émue, j’ai été en colère, j’ai détesté certain personnage pour finir par les comprendre, d’autres non je les ai détestés du début à la fin.
Mon cœur de maman s’est serré plus d’une fois.

Pendant les 700 et plus des pages du roman vous êtes totalement déconnectés de ce qu’il se passe autour de vous pour être plongé dans ce jardin magnifique et mystérieux du manoir familial, l’auteure vous décrit avec brio les Cornouailles, comme je vous le disais elle confirme le talent qui fait que j’aime la lire, il s’agit toujours de secrets de familles et de sagas familiales, mais ici il y en a en plus le côté policier, la quête de Sadie bien sûr, mais aussi l’affaire pour laquelle elle a été écartée de la police, vous retrouverez aussi la romance présente dans ses autres récits, mais qui n’est pas du tout mise au premier plan.

Le livre est rempli de mystères, de charmes, d’énigmes qu’on voudrait pouvoir résoudre autant pour les protagonistes que pour nous.
Kate Morton expliquera chacun de ses mystères, chacun des non-dits avec habilité et efficacité.
Ils sont disséminés à travers le roman, les rebondissements sont nombreux ce qui fait que l’on ne s’ennuie pas et que le suspens monte, car l’intrigue principale, elle, reste irrésolue.

La fin est belle, même si certains pourraient la trouver trop parfaite, j’ai aimé la conclusion autant en 2003 qu’à l’époque des faits.


Un livre qui plaira aux amateurs de mystères, de secrets de famille et d’enquêtes policières avec l’enfance comme point d’ancrage.

L'enfant du lac de Kate Morton - Édition Pocket - Roman contemporain/historique - 744 pages, 8.50€ - Paru le 4 mai 2017 (édition poche) 
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